Le TRYANGLE cherche l’étrange. Le Vertige de la pensée provoquée par une question que l’on ne se pose pas. Ce n’est pas pour cette raison qu’il s’est rendu dans les locaux du Parti Solidarité & Progrès pour s’entretenir avec Jacques Cheminade.

Qualifié « d’extra-terrestre », « d’étrange » ou, encore, de « farfelu », le candidat a vu son programme caricaturé, réduit à la reprise de la conquête spatiale à laquelle il consacre une partie de son programme. Ne jouant jamais sur la victimisation comme tant de partis extrêmes, Jacques Cheminade, après avoir vu son temps de parole coupé en deux aux élections de 1995, sa candidature de 2002 échouée suite à une enquête du MIVILUDES (observatoire des sectes), a donc vu sa campagne de 2012 tournée en dérision. Un calvaire mérité ?

Car qui est vraiment Jacques Cheminade ? La voici la question qu’on ne se pose pas..

PORTRAIT TRIANGULAIRE

Pourriez-vous nous donner 3 évènements qui vous ont marqué dans votre vie ?

Le premier événement serait mon retour en France. C’était en février 1959. Je trouvais une France inattendue par rapport à l’Argentine, où je suis né. Repliée sur elle-même, la France était engagée dans cette désastreuse guerre d’Algérie. J’étais favorable à une Algérie algérienne, pas française et pas musulmane. J’espérais voir émerger une forme de République plus juste là-bas. C’est à cette époque où, pour la première fois, j’ai vu La Règle du jeu, le film de Renoir, et Jules et Jim, le film de Truffaut. D’un côté, il y avait ma préparation à HEC. De l’autre, il y avait la situation de la France. C’est une époque où tout changeait.

Un autre événement ?

La deuxième date serait le 16 septembre 1973, le jour où Allende a été renversé. Pourquoi ? Parce qu’il y avait une stratégie de changement en Amérique du Sud qui a été écrasée. J’ai pensé qu’une nouvelle époque s’annonçait. Une époque où la bonne direction serait peut-être prise, ou une époque allant vers l’affermissement d’une politique de domination et de possession.

Quand vous parlez d’Allende et de 1973, n’est-ce pas le moment où s’opère chez vous une sorte de prise de conscience anti-impérialiste ? A chaque fois, celle-ci est dirigée contre l’empire britannique. Pourquoi parlez-vous si peu de l’empire américain ?

Parce qu’il s’agit d’un phénomène anglo-américain. En Argentine, nous sommes très sensibles à cette mainmise britannique, comme on peut l’être au Proche et au Moyen-Orient. Le corps, c’est les Etats-Unis. La tête c’est La City de Londres. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, la City a défendue une conception particulière du monde : un monde sous tutelle financière, qu’elle soit directe ou indirecte, et un monde où l’on divise pour régner. A ce sujet, ce qu’on ne dit pas, c’est qu’Allende et Pinochet étaient tous deux francs-maçons, et qu’Allende avait particulièrement confiance en Pinochet et dans l’armée. Pinochet a été littéralement lancé contre Allende par des américains dans l’entourage de Kissinger. Si vous voulez voir ce qu’est la City, c’est à la fois la grande lessiveuse de l’argent du monde, et en particulier l’argent sale, mais aussi une institution d’intimidation culturelle. Ainsi, en 1973, c’est la première fois que j’ai vu cette tutelle prendre forme.

Un dernier événement ?

La troisième date, ce serait l’élection présidentielle de 1995. C’est à ce moment là que j’ai vu se manifester tout à coup une sorte d’opération des médias dirigée, non pas contre moi, mais contre mes idées. Et contre celles de Lyndon Larouche aux Etats-Unis. Cette opposition s’est manifestée de la manière la plus éhontée et la plus contradictoire possible, à travers le lynchage d’un individu que, pourtant, les journalistes ne connaissaient pas du tout. Ils se fichaient de le connaître. Voilà pour les 3 évènements. Pour moi, les dates fondamentales ce sont les dates qui éclairent. Alors, il y en a peut-être eu d’autres, plus importantes dans la vie, par exemple la rencontre de ma compagne actuelle. Mais c’est là quelque chose de personnel et non quelque chose qui éclaire l’histoire (rires).

Pourriez-vous nous citer 3 personnes qui vous ont marquées ?

Une personne qui a été très importante pour moi, c’est ma mère. Parce que ma mère était quelqu’un qui venait vraiment d’une famille très pauvre de l’Auvergne, et qu’elle avait réussi ses études supérieures. Ma mère a toujours été quelqu’un pour qui l’éducation et la connaissance étaient quelque chose de fondamental et qui ne peuvent être acquises au détriment d’autrui. Elles doivent être acquises dans le respect de la dignité de l’autre. C’est pour ça que je laissais mes camarades me copier en classe, je les laissais copier et ils amélioraient leurs résultats. Je me souviendrai toujours de ça et je le pratique encore…

La deuxième personne, c’est probablement quelqu’un qui a existé il y a plusieurs centaines d’années. C’est le philosophe Leibniz. Pour moi, c’est une figure de référence, parce qu’il est celui qui, dans sa Monadologie et sa Théodicée, a établi les bases du développement scientifique contemporain.

Le troisième serait – il faut bien le mentionner – Lyndon Larouche. Ce que Larouche m’a montré sur l’évolution de l’époque, nous sommes en 1974, c’est la financiarisation de l’économie. Je le savais déjà. Vivant aux Etats-Unis, je ne connaissais que trop bien la notion de capital fictif, de capital placé sans amélioration de l’homme ou de la nature. Déjà, à l’époque, j’en estimais le danger. Mais Lyndon Larouche avait vu plus loin : il s’était rendu compte qu’en plus de ces notions économiques s’était mise en place une culture du présent et de l’instant. L’essence de cette culture relevait de l’idée de gagner le plus possible dans le moins de temps possible. C’était la création d’une culture de l’immédiat, opposée à une culture du moyen et du long terme. Et je m’y oppose.

Cela s’est-il manifesté dans ces élections présidentielles ?

De manière évidente. Parmi tous les journalistes, à peu près aucun, à l’exception de Michel Field, n’a considéré que la notion d’espace que j’amenais dans la campagne était une notion intéressante parce qu’elle se situe dans le moyen et le long terme. Comme des écoliers d’un collège petit bourgeois, tout le monde s’est mis à mentionner Mars, les petits hommes verts et je ne sais pas quelle autre bêtise, sans s’être penché ni avoir lu une ligne de ce que j’avais mis dans mon programme… C’est simplement parce que j’ai posé une question à moyen et à long terme, qui ne correspond pas au monde du présent et de l’immédiat qui domine cette campagne, que j’ai été ridiculisé. De ce point de vue là, cette campagne a été pour moi, tous torts partagés, une campagne consternante.

Vous avez conscience d’être un emmerdeur ?

Oui bien sûr. Du point de vue d’une oligarchie, l’emmerdeur c’est celui qu’on cherche à emmerder, donc j’ai été plus emmerdé que je ne suis emmerdeur. (Rires) Un emmerdeur, mais pourquoi ? Parce qu’il y a une façon d’analyser les choses qui consiste à rester au niveau où se posent habituellement les questions, et il y en a une autre consistant à aller plus au fond des choses, chercher les causes et non les effets. Et chercher les causes, aujourd’hui, ça embarrasse, car le système ne peut plus continuer à fonctionner comme il fonctionne. Avec à la fois cette hégémonie presque absolue du court-terme financier et d’un autre côté une vision du monde centrée sur le présent et l’immédiat. Mais emmerder, ça ne me satisfait pas du tout. Je ne suis pas comme ces gens d’extrême gauche qui prennent plaisir à détruire et offrent peu pour construire. Au contraire, je pense que si on conteste un système, il faut nécessairement essayer de proposer ce qui peut être meilleur que ce système.

Pourriez-vous évoquer 3 morceaux de musiques qui vous tiennent à cœur?

Déjà, le dernier Quatuor de Beethoven, parce qu’il y a une recherche portée vers l’avenir. Beethoven le disait lui-même, ce n’est pas écrit pour ma génération, mais pour les générations futures. En l’écrivant, je suis heureux, car je sais que les générations futures l’aimeront, mais aussi malheureux, parce que dans le monde où je suis ce ne sera pas compris. Je suis “heureux-malheureux” en composant. Ensuite, les Passions de Bach, c’est-à-dire tout ce qui introduit la fugue et le contrepoint en musique dans un contexte religieux. Puis, le troisième morceau ce serait Mozart bien sûr. Plusieurs choses chez Mozart, mais en particulier le Quatuor dissonant, parce que c’est là que se manifeste quelque chose qui, si on l’écoute aujourd’hui, n’est pas le Mozart auquel on est habitués.

Je pourrais rajouter Fidelio, cet opéra de Beethoven que j’aime beaucoup, notamment ce moment où les prisonniers viennent à la lumière et où tout à coup ils ne sont pas faits pour la lumière, ils voient la lumière, elle les aveugle et en même temps ils savent que c’est la liberté. Il y a ce mélange de terreur et de liberté, car c’est terrible de subir la lumière après des années de cachot, ça fait mal aux yeux et en même temps on sait que c’est la liberté, la liberté qu’on va avoir.

Dans une interview sur les films préférés des candidats, vous avez répondu Invasion of the Body Snatchers. Évidemment, le Tryangle s’interroge. Vous préférez la version de 58 ou celle de 78 – plutôt Don Siegel ou Philippe Kaufman ?

C’est Don Siegel, c’est la première. C’est contre le maccarthysme. En même temps, ça tient en haleine. Ce n’est pas un film à thèse. C’est ça qui est très réussi.

Et c’est un film populaire…

Et c’est un film très populaire. On y voit la transmission d’un message très profond à au moins deux ou trois niveaux. C’est le haletant, c’est populaire, et puis c’est une réflexion sur ce que peut être un monde où on est seul ou presque seul, le monde du héros américain. C’est résister contre tous ceux qui se laissent contaminer. Le héros lui n’est pas contaminé. Normalement, il aurait du être perdant dans cette histoire là. Mais on se rattrape avec un happy-end à la fin, qui est vraiment la faiblesse du film.

JACQUES CHEMINADE, UN COMPOSITEUR ?

Avant d’aborder la transmission d’un message, le Tryangle questionne sa fabrication. Les journalistes constatent que votre programme est volumineux et complexe…

Ah non non non, pas tous ! Ceux qui le lisent. (Rires).

Comment avez-vous fabriqué ce programme ?

C’est en accord avec la question précédente. C’est peut-être parce que je n’ai pas eu la chance d’avoir une formation musicale. J’ai composé ce programme comme une œuvre musicale. C’est probablement ça qui déroute. Le programme était fait, dès l’origine, pour pouvoir être lu comme un tout et en même temps séparé. C’est un peu comme si on prenait l’entrée de l’hymne à la joie de Beethoven et qu’on le joue sans le reste de la neuvième symphonie. Quelque part, c’est aberrant ! Je ne veux pas faire de comparaison délirante, hein ! C’est simplement pour faire comprendre.

Donc vous composez votre programme ?

Oui. Parfois il y a des redites parce que ça se raccroche et que c’est fait pour être lu ou entendu séparé.

Ce qu’il y a de plus curieux dans cette élection présidentielle, c’est qu’on m’a posé peu de questions sur les différents volets de mon programme. Par exemple, il n’y a que le mouvement Ni Putes Ni Soumises qui a évoqué mes positions sur l’épanouissement familial et la lutte contre le sexisme. Trouvant mes positions intéressantes, ce mouvement m’a demandé pourquoi je n’en ai pas parlé davantage durant la campagne. Eh bien c’est parce qu’on ne m’a jamais posé la question que je n’ai jamais pu en parler. C’est à peu près la même longueur que le programme spatial mais ça n’a pas du tout intéressé les journalistes. Ni Putes Ni Soumises m’a demandé pourquoi ? Et j’ai répondu que c’est probablement parce qu’ils sont tout l’inverse de ce qu’elles sont – si vous voyez ce que je veux dire.

Nous sommes dans une société où ce petit monde de journalistes s’est fait une sorte de meute qui communique entre elle. Je ne parle pas des vieux journalistes, et pas des très jeunes non plus. Je parle d’une génération bien spécifique. Ils ne peuvent pas comprendre comment a été conçu un programme comme le mien. Ça les gêne. Et les plus sérieux qui l’ont lu, ça les gêne aussi. Parce que c’est trop cohérent, donc c’est suspect, et en même temps il y a des choses qui ne collent pas avec une présidentielle. Évidemment, pour eux une présidentielle c’est les petites phrases, c’est les médias et ce n’est pas la composition de quelque chose qui peut inspirer les gens, ou les inciter à penser sur un certain nombre de sujets. Un programme présidentiel, pour eux, c’est un peu le décor d’un candidat qui lui permet d’être élu.

Mais pour revenir à la composition du programme, il y a beaucoup de personnes qui y ont participé. Il y a une conception de l’économie, de l’homme, qui est à la base du programme. C’est pour ça qu’il y a cette cohérence. Une conception de l’homme par rapport à ses capacités créatrices, sa capacité à cumuler les connaissances, à déduire et à induire. L’aspect leibnizien !

Compte tenu de la complexité des références scientifiques, le Tryangle regrette l’absence de notes de bas de page…

Ah oui, moi aussi ! On est deux. C’est le manque de temps.

Vous composez seul ?

Oui, j’ai écrit le programme seul. De bout en bout. Sauf un ou deux textes. Parce que je pensais que sur la jeunesse, c’était aux jeunes de s’exprimer et que sur la création, il fallait un créateur. Le reste, et c’est ce qui est le plus important pour moi, c’est la première partie, c’est-à-dire celle qui s’arrête à la fin de l’éducation. Toute cette partie là donne sens au reste du programme. Tout le reste, ce sont des pistes. À la limite, il y a trop de détails, mais en donnant ces détails, je voulais prévenir les critiques. Cette fois-ci, les critiques sont venues parce que les gens n’ont même pas lu le programme. Donc les gens n’ont pas vu que je m’étais penché sur un grand nombre de sujets. Sauf peut-être des gens comme vous qui l’avez lu.

Comment expliquez-vous leur agressivité ?

Déjà, comme vous l’avez vu, ces journalistiques ont souvent parlé plus de Larouche que de moi. C’est l’ambassade américaine qui leur avait passé d’une façon ou d’une autre des éléments disant : ce type là il faut l’abattre, il est dangereux, il représente des idées qui sont dangereuses. La deuxième explication, c’est que entre eux ils s’entretiennent dans un certain état d’esprit. Donc ça passe de l’un à l’autre et ils cherchent le truc pour faire pschitt. Cette fois-ci c’était l’espace, c’était la moustache d’Obama, c’était je sais pas quoi…

Quand on compare les programmes, les autres candidats évoquent l’avenir, mais n’osent pas évoquer le futur. Pourquoi ?

Ils ne sont pas dans le concept, ils sont dans la prescription. Évoquer le futur, c’est apprendre à affronter une situation inconnue et difficile, dans laquelle la liberté humaine consiste à reconnaître des contraintes, les surmonter et en faire des instruments de cette liberté. C’est connaître les lois de l’univers ou les principes pour établir ces lois et les appliquer sous forme de technologies. Ces technologies encouragent l’homme à agir, concevoir et développer. Il faut imaginer le futur en faisant le lien entre la science, la technologie et la culture, qu’elle soit littéraire, cinématographique, musicale… Une chose qui me frappe, c’est qu’aucun président de la République, au moins depuis De Gaulle, y compris Vincent Auriol et jusqu’à Sarkozy, aucun président de la République n’a une culture musicale classique. Aucun. A part Giscard un peu, le côté gnan gnan de Mozart, mais pas le vrai.

Mitterand, non ?

Non, il a une culture littéraire et historique, mais pas une culture musicale. C’est intéressant. Et Chirac a dit je hais la musique, n’y voyant que du bruit. Donc c’est très frappant. Sarkozy n’en parlons pas. Il essaye de savoir comme un gamin à qui on a dit que ça existait. C’est la même chose. Et Hollande. Un énarque mou ne peut pas aimer la musique qui est à la frontière de la connaissance.

LA STRATÉGIE DE JACQUES CHEMINADE

Pourquoi allez-vous à la télévision ?

Pour la même raison que vous êtes venus me voir. C’est une occasion de faire en sorte que des gens se posent des questions. Alors c’est une minorité, vous l’avez vu. Je le savais, mais cette minorité est très déterminée. Je pense que parmi les 90 000 personnes qui ont pu voter pour nous, il doit y en avoir 45 000 qui sont des gens vraiment qui s’interrogent. Au moins la moitié. Il y a toujours une part de hasard, mais je crois que c’est au moins 45 000. Et ceux-là constituent une base qui n’est pas négligeable à un certain moment de crise dans l’histoire.

Quelle est votre stratégie ? Le score a-t-il une importance ?

Ah oui ! Il a une importance quand même ! Ca prouve que les gens sont bêtes (rires). Plus sérieusement, vous savez pourquoi l’élection présidentielle est la plus facile pour nous ?

Parce que la loi force les médias à vous recevoir ?

Non.

Non ?

Qu’est-ce qui compte dans ce pays ? (J.C. mime un geste de froissement de billets en frottant son pouce et son index). L’argent. Et si vous avez les 500 signatures, l’État prend en charge les déclarations de candidatures, les bulletins de vote, les affiches et le collage des affiches. La télévision vient de surcroît. Vous avez tout à coup l’occasion d’avoir des idées connues par toute la population. C’est assez étonnant. En ce moment, dès que je sors dans la rue, 4 ou 5 personnes m’interpellent sur cent mètres. Elles me disent tous : c’est merveilleux ce que vous avez dit, mais je ne vais pas voter pour vous parce que je vote pour les masses, et vous n’avez aucune chance parce que vous êtes seul… C’est là que 0,28% en 1995 joue. « Et nous présentons Jacques Cheminade qui a eu 0,28 en 1995 ». Les autres candidats n’étaient pas présentés avec leurs scores, même quand il était faible. Comme Nathalie Arthaud. On voulait dire que celui là il est comme une plante qui ne prendra pas. Le rosier qui ne montera pas sur le mur. Au contraire, nous avons reçus à peu près 1500 courriels et énormément de soutiens. Les gens qui nous connaissaient déjà avant sont prêts à se mobiliser. Ils se mobilisent vite. C’est pour ça que j’ai dit qu’on aurait cent candidats aux législatives. Mais, encore une fois, ça pose la question de l’argent. Aux législatives il faut avancer l’argent. Et si vous n’avez pas 5% vous n’êtes pas remboursé.

Mais alors quelle est la stratégie du mouvement ? Avancer en sous-sol ? Influencer les autres partis ?

Ah non ! Absolument pas en sous-sol ! C’est d’avancer en public autant que nos moyens nous le permettrons. Et si les gens reprennent nos idées en parallèle, c’est tant mieux ! Au parti socialiste par exemple, c’est nous qui avons introduit le débat sur Glass-Steagal. Il y a deux ans un de nos militants avait rencontré Martine Aubry. Ce militant lui avait dit : « Mais madame Aubry, vous avez parlé d’un problème de banque. Est-ce que vous ne pensez pas que la séparation des banques en banques d’investissement ou d’affaires d’un côté et en banques de dépôts et crédits de l’autre ce serait nécessaire ? ». Elle a dit : « Oui, peut-être, mais ce n’est pas porteur électoralement et on en parlera pas ». Le militant lui a répondu: « Vous n’en parlerez pas ? Pourquoi ? Parce que vous savez bien que c’est votre père qui a porté le coup de pied de l’âne à ça en 1984 ». Elle lui répond : « Oui, c’est vrai, c’est mon père, mais il était obligé à cause de l’Europe ». Notre militant lui a rétorqué : « Mais vous savez, c’est la même Europe que vous défendez aujourd’hui ! ». « Oh laissez-moi tranquille ! ». Donc il y a deux ans, ils ne pensaient pas en parler… Mais regardez le discours de Hollande au Bourget sur le monde de la finance… En même temps, dès qu’il va à la City, il dit « I’m not dangerous ». Je suis content que nos idées imprègnent le parti socialiste. Il y aussi Dupont-Aignan, qui a pompé un certain nombre de nos constructions. Tant mieux ! Même Marine Le Pen a pompé. La société française, encore une fois, c’est une société de pompeurs. Il faut bien se mettre ça dans la tête.

Dupont-Aignan ?

Oui, il me connaît très bien. La dernière fois qu’il est venu à notre table au salon des maires, il m’a dit : « Donnez moi vite une de vos brochures, que je puisse m’en inspirer et vous imiter ! ». Il est honnête. Il disait ça à moitié, non à un quart par dérision et trois quart de vérité (rires).

Et les alliances avec le PS ou d’autres partis ?

Ça dépend d’eux, du cœur que nous représentons et de l’analyse que nous faisons de la société. Je serais prêt à dire que je ne voterai pas pour Sarkozy. Je l’ai déjà dit. Si je vote Hollande, ce sera comme une épée plantée dans le dos de la gauche. Être une épée plantée dans le dos gauche, c’est pouvoir la tourner si elle n’avance pas comme elle devrait avancer. Ce n’est pas l’attitude habituelle d’un social démocrate. Pour moi, la démocratie d’opinion engendre des monstres. C’est la démocratie de recherche de vérité qui est la démocratie véritable. Ce sont deux choses très différentes, voire opposées. L’opinion est toujours manipulée par ceux qui veulent qu’elle aille dans un sens plutôt que dans l’autre. Vous savez ce que disait Victor Hugo ? J’aime beaucoup cette citation de Victor Hugo, qui passe pour un grand démocrate, qui l’était d’ailleurs, mais qui avait une analyse très juste de ce que je viens de dire : « Ils s’appellent Vulgus, Plèbe, la tourbe, la foule ; Ils sont ce qui murmure, applaudit, siffle, coule ; Bat des mains, foule aux pieds, baille, dit oui, dit non ; N’a jamais de figure et n’a jamais de nom ». Si. Maintenant elle peut avoir Marine ou Jean-Luc…

LA VÉRITÉ EN POLITIQUE

Certains journalistes, comme Abel Mestre, du Monde, vous qualifient de «conspirationiste». Que pensez-vous des conspirationistes ?

Il y a deux types d’imbéciles : celui qui dit qu’il n’y a aucune conspiration et celui qui en voit partout. Parce que l’un les imagine et l’autre les nie. Ainsi, ce qu’il faut chercher, ce sont les causes. Moi, je cherche les causes. Dans toute décision qui est prise il y a des gens qui, ensemble, ont voulu arriver à un but. Si on veut appeler ça conspiration, très bien ! Pour moi, celui qui cherche les causes, n’est pas un « conspirationiste ». Est conspirationiste celui qui s’imagine une série de choses, des élucubrations diverses. Il est primordial de tenir les causes sous le feu permanent de la rigueur pour voir comment ces choses se sont passées et comment elles ne sont pas passées…

On a notamment attribué à Lyndon Larouche la théorie selon laquelle la fortune de la reine d’Angleterre viendrait en grande partie du traffic de drogue.

C’était vraiment comique, oui ! Larouche ne l’a jamais dit, mais il dit qu’on lui a tellement attribuée à tort qu’il regrette aujourd’hui de ne l’avoir pas dit (rires). Là, on me la ressort à moi cette histoire absurde. Mais qu’est-ce qui se passe, je vous le demande?

Quel est votre rapport à votre propre étrangeté ? Et éventuellement aux gens qui s’intéressent à vous ? Le Tryangle s’imagine que les conspirationistes vous écrivent…

Je ne me sens pas étrange. Par contre, souvent les gens nous écrivent pour de mauvaises raisons. Mais ces gens-là finissent par ne plus être avec nous. Sinon nous aurions beaucoup plus de voix (rires) ! Je ne me sens pas étrange, mais différent du système mis en place en France et que j’ai qualifié, en reprenant le terme de Sophie Coignard (qui va repousser des hurlements), d’oligarchie des incapables. Ce système est nourri par les Banques et le Népotisme d’Etat. Ce n’est pas une conspiration, mais des groupes financiers et politiques qui se sont mis d’accord pour tenir un pays avec leurs héritiers, leurs familles, leurs amis…

Vous êtes plutôt un pamphlétaire ? Dans une interview datée de 1995, vous dites vouloir « illuminer la campagne ».

Non. Je ne prends aucun plaisir à détruire. J’aime être un éclaireur. Il faut éduquer les émotions littéraires, philosophiques et musicales. Le but est d’élever un homme capable de servir la Vérité plutôt que l’erreur. Rechercher la Vérité est-il une forme d’étrangeté ? Je pense que oui.

Mais comment éduque-t-on un enfant à chercher la Vérité ?

Par l’exemple. Si on ne s’impose pas à soi-même ce qu’on demande à l’enfant, on n’aura aucune crédibilité. Aujourd’hui, dans 40 à 50% des classes, la maîtresse est complètement dépassée et ignorée. Elle ne vaut même plus la peine qu’on se révolte. Les élèves communiquent par portable, il y a en a même qui regardent des pornos en classe… Il faut restaurer le plaisir d’apprendre, et pour ça, ne pas fixer des programmes comme on le fait !

LES NOUVELLES FRONTIÈRES

Le Tryangle se pose la question de la Nouvelle Frontière dans votre programme, notamment la frontière spatiale. La société française souffre-t-elle d’un imaginaire appauvri ?

Oui, et je pense que la littérature et les films sont là pour le prouver. Ce n’est pas un hasard si le plus grand des auteurs de science-fiction, et je n’aime pas particulièrement la science-fiction, est Philip K. Dick. Lors de sa fameuse conférence de Metz, il a dit : « Les mondes que je décris, je les décris pour qu’ils ne surviennent pas ». C’est drôle. Aujourd’hui on rentre un peu dans ces mondes-là, mais d’une façon moins agressive que dans les livres de Philip K. Dick. C’est un véritable auteur d’anticipation. Il voit avec les yeux du futur et ça c’est très rare.

Votre programme spatial est-il une façon de faire, comme Dick, de l’anticipation ?

Quelque part, oui. C’est d’en faire un objet de dialogue et de discussion. Et ça, c’est le premier pas avant d’y aller… Ce premier pas est le plus important de tous.

Pourquoi l’espace ?

Parce que c’est l’inconnu, et qu’il ne reste plus grand chose à connaître sur Terre. L’espace, on ne sait pas comment l’être humain fera pour y demeurer vivant. Ce n’est pas vraiment pour découvrir quelque chose, c’est, comme le disait Baudelaire, « aller vers l’inconnu pour l’inconnu ». Et aller vers l’inconnu, c’est apprendre à se connaître soi-même, car c’est une expérience pour laquelle il n’y a pas de précédent. Un peu comme la première fois qu’on est amoureux ou la première fois qu’on réussit une équation du second degré. Il y a la fameuse histoire de Philip K. Dick sur les équations du second degré et les camions avorteurs qui assassinent tous les gens qui ne parviennent pas à la résoudre. Ce système est d’ailleurs déréglé par un académicien qui sait résoudre ce type d’équation et qui pourtant affirme le contraire. C’est comme ça qu’il dérègle le système. Rien que par ce grain de sable qu’il introduit dans le système. C’est un peu comme ça que je vois ce qu’on peut faire en politique aujourd’hui.

Pourquoi intégrer l’inconnu dans votre système politique ?

Parce que si l’on connaissait tout, la vie ne vaudrait plus la peine d’être vécue. Le monde serait fini et, comme disait Nietzsche, Dieu serait mort. C’est seulement parce que l’Univers est en création continu que, en étant soi-même créateur, on peut être en accord avec cet univers. C’est ça être normal. C’est pour ça que la plupart des gens dans notre société ne sont pas normaux, ils pensent pouvoir photographier l’univers et être dans un état fixe et peinard. Ce n’est pas possible !

Vous aimez les idées qui s’inscrivent dans le long terme. Pourquoi cette animosité envers les écologistes ?

Avec un demi-gramme d’uranium, on produit une puissance égale à 20 000 tonnes de bois. Il y a là un critère, notamment pour pouvoir faire décoller des fusées. Et les écologistes refusent ce critère. C’est ça qui me semble grave. Je n’ai rien contre leur comportement et ce sont des gens qui, pour la plupart, sont très concernés par la Justice. Ils sont très gentils pris individuellement. C’est leurs critères pour la société future – la croissance verte qu’a adopté Mélenchon par opportunisme et la règle verte au lieu de la règle d’or dans la constitution – que je critique. L’idée serait de mettre dans la Constitution le respect absolu de l’environnement, de ne plus pouvoir le transformer. C’est impossible car au fil de toute l’histoire humaine nous avons transformé notre environnement. Toute la terre, exception faite des glaces de l’Arctique. Il y a des forêts que l’on croit sauvages, mais qui ne le sont pas, sauf peut-être celles au sud de la Patagonie. J’y suis allé, et c’est vrai que c’est particulier, vous y croisez toutes sortes de bêtes. C’est extraordinaire. J’y suis allé lorsque j’avais 12 ans. Cependant, même là, c’est un environnement façonné par les tribus indiennes au fil du temps. Il n’y a pas a d’endroit sur terre qui ait échappé au travail humain. C’est le travail humain qui a tout façonné. Ce qui fait l’histoire de l’Homme et ce qui lui a permis de peupler la terre, c’est d’avoir réussi cette forme de production de plus en plus dense. C’est là où l’écologie veut revenir au arrière pour retrouver un bonheur perdu. Cela ne gêne pas les financiers, puisque le capitalisme vert peut fonctionner sur cette base : autour du marché des autorisations d’émission de carbone. Si les gens ne développent pas leur pouvoir créateur par le travail, ils seront de moins en moins contestataires. Cela ne m’empêche pas d’apprécier les écologistes et je n’ai pas du tout apprécié la campagne xénophobe contre Eva Joly ! J’étais prêt à la prendre sur les questions de science, pas sur ça !

LA RELIGION DE JACQUES CHEMINADE

Quel est votre rapport à la religion ?

J’ai récemment fait exprès d’introduire dans une de mes présentations à des gens de gauche et d’extrême gauche le mot de « salut commun ». Ce qui est drôle, c’est qu’ils ont tous réagit de la même manière : qu’est-ce que c’est que ce terme religieux ? Je vous rappelle que c’est un terme pris dans l’Internationale. On oublie que le XIXe siècle s’est construit sur l’anticipation d’un salut commun où tous travaillaient pour rendre les choses meilleures. Mais je ne pense pas, et c’est pour ça que je suis opposé à Christine Boutin et aux Islamistes, qu’on doit introduire des références religieuses dans la politique. La politique est de l’ordre du profane. Être démocrate-chrétien, ce n’est pas possible car, comme l’a très bien dit Jean-Paul II, cela justifie une espèce de messianisme terrestre. Cependant, on peut être inspiré par le religieux dans sa vie. Dans sa thèse d’Université, La réalité du monde sensible, Jean Jaurès est imprégné de spiritualité et religieux. Mais pas du tout dans l’obéissance à une Eglise, même l’Eglise du Parti socialiste. Lorsqu’une institution terrestre prétend se prévaloir de valeurs spirituelles pour exercer une domination, c’est le début de l’abomination pour moi.

Mais alors, comment expliquez-vous ce qui s’est passé avec le MIVILUDES en 2005, l’observatoire français des sectes ?

Ca a été téléguidé depuis les Etats-Unis, entretenus par certaines personnes qui avaient de la rancœur par rapport aux expériences qu’elles ont eu sein de notre mouvement, et porté par 3 ou 4 familles qui étaient choquées de constater que leur enfant de 25 à 30 ans aient des idées différentes d’elles, y croient, et mènent une vie de militant. Le directeur du MIVILUDES à l’époque, avait travaillé au cabinet d’Alain Juppé. Ce n’était pas nécessairement un ami. Il y a eu un rapport lénifiant qui constatait simplement que nous somme dans la rue, que nous tractons devant les Universités, et que nous avons des pratiques insistantes de militantisme. Puis, le successeur et directeur actuel du MIVILUDES a reconnu, dans une interview à ce sujet, qu’il n’y avait aucun fait pouvait justifier la suspicion de dérive sectaire. Dossier classé. Mais l’UNADFI, qui ne relève pas du secteur public, a pris parti contre nous. Elle a publié les lettres des familles. A l’époque, une quinzaine de familles ont défendu leurs enfants qui, cheminadistes, ne pensaient pas comme eux. Mais quelle est la vraie raison derrière ces accusations de sectarisme ? Je pense qu’on utilise ces accusations pour attaquer le principe créateur et la dissidence qui permettent de questionner le culte de l’avoir et l’immédiateté dans notre société. Le mot secte souligne l’existence de quelque chose qui est en dehors du groupe, et donc forcément dangereux. C’est un mot infâmant !

Le christianisme est-il une secte qui a réussi ?

Tout dépend de ce que l’on appelle une secte. Au départ, le christianisme était un petit groupe de gens déterminés et qui vivaient et ensemble. Une secte, c’est un groupe où l’on vous dit : « si tu prend un verre de tisane, tu guériras du cancer ». Là, il faut sanctionner. Je suis tout à fait d’accord pour qu’on prenne des sanctions dans ces cas-là. Mais je m’oppose au lancement de l’anathème et de la DCA journalistique !

Y a-t-il des sectes qui vous contactent ?

Le seul qui m’ait contacté, c’est Alain Soral, qui n’est pas vraiment une secte. J’ai fait une conférence sur le nouveau Bretton Woods devant son groupe Égalité & Réconciliation. Et c’est immédiatement après qu’il a lancé ce truc que je considère comme un groupement sectaire, son mouvement anti-sioniste. Je lui ai dit que c’était une connerie, qu’il risquait d’importer le conflit israélo-palestinien en France et qu’il devrait s’arrêter. Il est devenu fou de rage…

Vous savez que c’est un bon boxeur ?

Je sais. Il voulait boxer Bensancenot. C’est surtout un dragueur vieillissant.

Vous parlez de pouvoir créateur, de quoi s’agit-il ?

Être capable devant quelque chose d’inattendu de résoudre la difficulté qui se pose à vous. Vous n’avez pas de modèle ? Faites quelque chose d’entièrement nouveau à partir de votre culture, des grands écrivains, des grands scientifiques. Grâce à tout cela, vous savez comment réagir au lieu de vous casser la gueule. C’est ça la connaissance. Puiser à des sources dans le passé et s’inspirer des méthodes de nos prédécesseurs. Voilà ce que j’entends par capacité créatrice.

C’est pour quand l’Apocalypse ?

Nous ne sommes pas devant l’Apocalypse ! Nous sommes face à la fin d’un système et la nécessité de le remplacer. Le risque, c’est la guerre. Le monde transatlantique, sentant son pouvoir faiblir, va défier la Russie et la Chine et pense pouvoir remporter ce défi. Il n’y arrivera pas. L’autre possibilité, c’est une décroissance lente avec un monde de plus en plus petit, où les gens n’auraient plus de vision de l’avenir. Le conseiller scientifique d’Obama, John Holdren, dit qu’il faut réduire la population par une méthode douce, faute de quoi sans cela arrivera d’une manière violente. Pour moi, cette réduction de la population est une catastrophe. C’est un recul de l’humanité. Nous sommes complètement anti-malthusien.

Une bonne guerre, et ça ira mieux ?

Lorsque je suis arrivé en France, en 1946, la situation était bien pire qu’en 1943 ou 1942. Lorsque les troupes françaises sont arrivées en Allemagne, en 1945, les enfants avaient les joues roses et vivaient assez bien et c’est comme ça que le régime s’est maintenu. La différence entre la guerre de l’époque, déjà terrible, et la guerre d’aujourd’hui, c’est qu’aujourd’hui elle laisse peu de chance… Non seulement la crise financière est générale, mais c’est la même chose pour les moyens de destruction.

Comment détruire l’Oligarchie ?

En disant la Vérité. Au niveau collectif, lui dire qu’on n’admettra plus ses comportements, qu’on souhaite mettre sous contrôle public ses moyens financiers. En somme, on tarit la source… Vous connaissez le proverbe africain ? Vous avez 5 crocodiles aux bords d’un marigot et vous êtes seul. C’est difficile de tuer les 5 crocodiles mais si vous asséchez le marigot, vous avez gagné.

Un message pour les lecteurs du TRYANGLE ?

Les lecteurs du Tryangle doivent lire le Ménon et apprendre à doubler la surface du carré. (Rires) Il est essentiel de comprendre qu’il n’est pas possible de vivre d’élucubrations. Il faut faire des expériences validantes. L’expérience validante, pour moi, c’est la politique.

Interview réalisé par Professor Bourbaki, Glaburgl et ThéoBé.

Portrait par Jérome Presti

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