Le Rapport Humanoïde : un projet d’illustration de rencontres du 3e type

Le Rapport Humanoïde est un projet lancé par une fan de mythologies aliennes, Audrey Bauer, et le dessinateur Mehdi Shoboshobo. L’objectif : illustrer la dernière décennie d’une base de données de témoignages méconnue en Europe, The Humanoid Report, qui présente chaque année des centaines de rencontres bizarroïdes entre des terriens et des créatures non-identifiées.

(Crédit image de couverture : Shoboshobo pour le RH)

L’expérience a commencé cet été à Bruxelles avec une exposition et un atelier de dessins ouvert aux curieux. Audrey cherche maintenant des mains pour illustrer l’année 2001 du rapport, et vous pouvez la contacter ici. L’idée est non seulement d’explorer ces visions extraordinaires par le dessin, mais aussi de décoder le rôle de l’alien dans la culture populaire. Quels visages nous donnons à l’étranger, quelles peurs est-ce qu’on importe avec eux, et quels espoirs nous plaçons dans ces nouvelles divinités technologiques.

Tryangle. Qu’est-ce que le Humanoïd Report ?

Audrey Bauer. Le HR est une base de données de rencontres du 3e type compilées par Albert Rosales, un ufologue américain. Cet ancien de la Navy a commencé à collecter les cas de haute étrangeté en dilettante, dans les années 70. A partir de 1990, il a concentré ses recherches sur les cas de contacts avec des entités humanoïdes, c’est à dire avec au moins une tête et deux jambes… Ça va des cryptides à l’ancienne comme les géants, les vouivres, les hommes lézards, les trolls, les big foots, jusqu’aux extraterrestres qui représentent la moitié des cas je dirais. Il travaille à partir de récits de témoins, de rapports d’enquêtes, d’articles de presse et de sites web. Il a aussi accès à des bases de données gouvernementales ou spécialisées comme la HUMCAT. Comme il lit le russe, l’espagnol et le français, Albert a trouvé des cas dans une cinquantaine de pays. Il reçoit aussi beaucoup de témoignages en direct.

« A partir de 1990, Albert Rosales a concentré ses recherches sur les cas de contacts avec des entités humanoïdes, c’est à dire avec au moins une tête et deux jambes… »

Ensuite, il les synthétise sous la forme de petites narrations hyper visuelles qu’il date, source et classe d’après le système de Hynek. Albert dit aussi avoir eu accès à certains documents classifiés grâce à son réseau. Toutes ses archives sont regroupées dans des rapports annuels qu’on peut télécharger sur son site. En tout, cette base de données rapporte plus de 18 000 cas d’observations depuis 1870. C’est vraiment un travail de titan. Il y a aussi une rubrique paléo-ufologique qui diggue beaucoup plus loin dans les mythologies et les textes sacrés, les Védas, la Bible, le Coran, Popol Vuh, etc…

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(Dessins de Betty Hill, 61)

Comment s’imbrique votre projet avec le travail d’Albert Rosales ?

Le projet a commencé l’année dernière avec Mehdi « Shobo Shobo » Hercberg, qui est illustrateur et prof d’art visuels à l’Ecole Estienne. Mehdi voulait faire un workshop avec ses élèves autour des ETs. Il m’a proposé qu’on se voie pour que je lui présente des cas fameux. Ensuite je lui ai montré le « Visual Guide to alien beings » de David W. Chace avec les dessins de contactés que je collectionnais, et puis je lui ai fait lire un article sur mon blog qui reprenait des descriptions d’entités pittoresques tirées de l’Humanoïd Report. Je me disais que ce serait intéressant pour ses élèves de travailler à partir de ces descriptions, finalement il a trouvé ça tellement bien qu’il a voulu en dessiner lui aussi. On a contacté Albert pour lui dire qu’on voulait illustrer l’année 2000 du Report, il était ravi. Albert a trouvé 276 cas cette année là.

Pour le moment Medhi en a dessiné plus d’un tiers. 276, c’est beaucoup pour un seul homme. D’ailleurs au début, Mehdi était un peu en roue-libre, il rajoutait des personnages, et puis j’ai fini par le convaincre de rester le plus fidèle possible aux descriptions des témoins. Mehdi a un style très travaillé, très rempli, qui est assez différent des dessins qu’on trouve dans les rapports d’enquêtes.

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Après je pensais proposer à un autre dessinateur d’illustrer l’année suivante, mais il y a 312 cas en 2001, et il faut vraiment être passionné pour s’atteler à un travail aussi colossal juste pour le fun. Alors je me suis dit qu’on pourrait organiser des ateliers et c’est ce qu’on a fait pendant l’expo de cet été, organisée par la Galerie Lazer Quest à Bruxelles. Je voulais aussi faire participer des amateurs et pas des dessinateurs pro, pour retrouver la spontanéité des dessins de témoins.

A la fin du workshop, on a recueilli une cinquantaine de dessins, mais on a encore besoin de bras si on veut finir l’année 2001, et rendre hommage au travail d’Albert qui a décidé d’arrêter le HR cette année. En attendant vous pouvez lire son interview ici

Pourquoi explorer ces rapports par le biais de l’illustration ?

On a très peu d’enregistrements crédibles, les photos sont problématiques, et dès le départ, le dessin a eu une place centrale dans les rapports d’enquête. Pour les témoins, c’est souvent le moyen le plus rapide de donner une forme à ce qu’ils sont les seuls à avoir vu. Ces dessins n’ont aucune valeur de preuve mais ce sont des visions qu’ils peuvent transmettre à leurs proches et aux enquêteurs. Et puis c’est un geste très ancien. Pour ceux qui s’intéressent aux théories des anciens astronautes, c’est magnifique de voir fusionner les croyances divines et l’hypothèse ET dans l’art aborigène ou les tableaux de visitations du Moyen-Age.

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« Pour les témoins, c’est souvent le moyen le plus rapide de donner une forme à ce qu’ils sont les seuls à avoir vu. »

Si on se concentre sur le XXème siècle, on a maintenant une taxinomie alienne officieuse assez développée, grâce aux dessins des contactés et des illustrateurs qui ont essayé de leur donner un visage. Des artistes comme Kesara, Josi Galante, Vito Vitulli, David Huggins, ou David W. Chace ont eu une influence profonde sur l’apparence qu’on leur attribue aujourd’hui.

Dans son guide, Chace a recomposé plus d’une trentaine d’espèces extraterrestres différentes à partir de témoignages connus. On reconnait tout de suite les Gris avec leurs grosses têtes et leurs bras de vieux ados. On dit qu’ils commencent à apparaitre avec l’affaire de Betty and Barney Hill en 61, mais quand on regarde les Wandjina des grottes aborigènes datés de -4000 avant JC, on se rend compte que cette idée de petits visiteurs macrocéphales venus du ciel est hyper ancienne. Au départ c’est ce qui m’intéressait, essayer de comprendre comment ces archétypes avaient émergé. J’ai lu après que les sociologues appelaient ça le « cultural tracking », c’est à dire la façon dont les témoignages influencent la représentation des aliens dans la culture populaire, et inversement comment l’art et la SF influencent certains témoignages.

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(Crédit : Josi Galante)

Les reptiliens sont intéressants avec leur côté dinosauriens. Certains font remonter leurs premières visites à Sumer, et les relient à la mythologie des Anunnakis. Je passe rapido sur nos frères aryens des étoiles, les « Nordiques » avec leurs cheveux blonds et leur teint parfait, même les Insectoïdes sont assez pertinents d’un point de vue évolutionniste, et déjà moins anthropocentriques. C’est un peu comme si on nous montrait notre famille du futur.

Et puis il y a les « uncategorised », ceux qui défient vraiment l’imagination. Dans le HR, on trouve des descriptions tellement barrées qu’on a du mal à les visualiser, c’est celles que je préfère. Ce sont souvent des expériences assez embarrassantes à raconter pour les témoins, ce qui les rend assez crédibles. C’est vrai, quelqu’un qui voudrait monter un hoax ou attirer l’attention serait plus sobre dans ses descriptions.

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(Crédit : David Huggins)

Et vous, vous vous situez où par rapport à l’hypothèse ET ?

Le phénomène des visiteurs, c’est un peu un test de Rorschach, il y a toutes sortes de niveaux d’interprétations possibles. Nous on a choisi une approche pop et esthétique, on n’est pas des enquêteurs, encore moins des psy. Bien sûr, on voudrait comprendre ce qui se passe comme tout le monde, mais on s’intéresse encore plus à la façon dont ces expériences ont été transmises, et comment ces visions sont entrées dans l’imaginaire contemporain. Alors quand on me demande, je réponds le classique « I want to believe » de Mulder.

« Dans certains cultes, les aliens sont adorés comme des sauveurs de l’humanité qui vont nous aider à quitter notre planète malade et nous emmener avec eux dans les multidimensions de l’univers. »

C’est très rationnel de croire aux ET. L’hypothèse extraterrestre est probable, on a les maths. On estime quand même à une petite centaine de milliards, le nombre de planètes potentiellement habitables dans notre galaxie. La question est de savoir s’ils nous ont déjà rendu visite, et sinon pourquoi, et là on arrive à la théorie du Grand Filtre qui n’est pas très optimiste. (Je vous laisse la googleliser, moi ça me déprime). Il y a dans cette quête des ETs une inquiétude métaphysique, et pas mal d’espérances plus ou moins matérialistes (cf les soucoupes, l’énergie libre, la téléportation, les voyages dans le temps, etc.)

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(Crédit : Anne Brugni pour le RH)

Dans certains cultes, comme chez les Unariens, les aliens sont adorés comme des sauveurs de l’humanité qui vont nous aider à quitter notre planète malade et nous emmener avec eux dans les multidimensions de l’univers. Et puis il y a le versant parano de la force qui emporte toutes sortes de peurs avec elle, prédation, intrusion sexuelle, peur de l’invasion, peur de la colonisation, exploitation génétique, et là c’est beaucoup plus sombre. Dans les représentations, les deux visions s’affrontent, parfois pour une même espèce. Les Gris par exemple, sont souvent décrits comme les employés des Insectoïdes, des subalternes bas du front qui malmènent les témoins avec leurs sondes. D’autres fois, ils sont présentés comme des sages qui veulent éveiller l’humanité en envoyant des slide shows télépathiques avec Hitler et tous les chocs pétroliers. Idem pour les reptiliens, il y a les « négatifs » et les « positifs », qui sont de très bons amants parait-il.

Des gros cerveaux comme Hawking, nous ont d’ailleurs mis en garde quand on a lancé le programme Voyager, en disant que ce n’était peut-être pas une bonne idée de signaler notre présence à des civilisations potentiellement plus évoluées que la nôtre, et dont certaines pourraient être à la recherche de nouvelles colonies. S’ils sont déjà là, j’espère simplement qu’ils daigneront partager leurs technos de pointe avec nous. Et si je dois donner un peu de ma personne pour leur programme génétique, pourquoi pas, mais jusqu’ici ils n’ont pas l’air très intéressés par mon ADN.

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(Crédit : Shoboshobo pour le RH)

Comment se passent les workshops ?

A la bonne franquette. On invite des potes dessinateurs, et tout le monde est le bienvenu. Cet été on avait imprimé une centaine de témoignages en anglais et en français. Les participants dessinaient dessus, au crayon ou aux feutres. La prochaine fois, je voudrais organiser une rencontre avec des afghans que je connais et qui vivent dans une situation compliquée, ça les botte de dessiner des scènes d’invasion, et symboliquement ce sera intéressant de les voir interpréter ces visions paranoïaques à leur sauce. Aux États-Unis, il y a des groupes d’activistes qui militent pour faire supprimer le mot alien des textes de lois parce que le terme est devenu trop discriminant. C’est un mot très ancien, à la base ça veut simplement dire « autre ». Aujourd’hui c’est presque devenu un synonyme de parasite. Il faut qu’on se réconcilie avec notre peur des aliens. Pour le moment, on cherche un lieu pour la prochaine expo. D’ici là, je posterai des cas à illustrer sur la page FB du projet, on verra comment ça répond. Il reste 150 témoignages à illustrer pour finir l’année 2001 du Rapport Humanoïde, l’année du contact… Ce serait super d’y arriver.

http://rapporthumanoide.tumblr.com
contacthumanoide@gmail.com

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