L’histoire de Konrad McKane a fait le tour du web lorsque, déguisé en elfe pour les besoins d’un jeux de rôle, il a attaqué une BMW en croyant pourfendre un dragon, muni d’une simple épée Zelda en plastique. Un héros poétique dont le Tryangle vous raconte l’histoire.

All pictures courtesy of Konrad McKane

« Keep Portland Weird ». Voici la devise d’une des villes les plus weird des USA. Avec sa réplique inattendue de la fameuse statue de Jeanne d’Arc trônant au rond point Coe Circle dans le quartier de Laurelhurst, ainsi qu’une histoire chargée d’hôpitaux psychiatriques – Oregon Mental Hospital for the Insane, notamment – Portland n’a pas de souci à se faire, surtout avec des hippies sous psychotropes aussi inventifs que Konrad McKane.

Un jour de mai fleuri 2014, ce jeune homme pratiquant le LARPing, Live Action Role Playing Game (jeu de rôle en action réelle), a inscrit une nouvelle date dans l’histoire de Portland. Connu pour avoir pris plusieurs ses délires fantasques pour des réalités, Konrad a notamment été vu dévaler toute une rue de Seattle sur une chaise de bureau gueulant à qui veut l’entendre être le Kommander Kineca (sic), grimpant à des lampadaires pour prendre leur température ou encore courir nu dans son immeuble.

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Lors d’un rendez-vous « Monday Funday » bien connu des gens du quartier au Parc Colonel Summers, où de joyeux lurons font du Hula-hoop, jouent de la musique et se la collent gentiment à base d’alcool mais plus encore de psychotropes, McKane est allé retrouver ses potes pour une battle de fantasy sur le thèmes des Elfes. Jusqu’ici tout va bien. Les costumes sont élaborés, notamment le sien : une veste en paillette, un kilt en cuir, un casque de snowboard, un bouclier enjoliveur, un javelot bambou, un sabre laser vert, une machette, une épée en plastique et une épée Zelda – on s’y croirait. Adepte des psychotropes, la belle équipe n’a pas manqué d’avaler un savant cocktail avant la bataille : MDMA, DMT et Acide. Avec ça, toi même, cher lecteur, serait capable de se prendre pour un hobbit. Le site Vocative a interviewé Konrad au lendemain de l’événement extraordinaire qui a suivi :

Je ne suis pas un toxico, mais quand on m’offre un cadeau, je ne dis pas non, c’est mal élevé de refuser. C’était le tiercé gagnant » souligne Konrad, « c’est chouette mais ne faites pas ça seul, ou vous finirez arpentant les rues à travers un voyage spirituel des plus étranges.

Tu l’as dit chéri. Et ça n’a pas loupé ; les drogues ont pris plus de temps que prévu à faire effet, la partie de jeu de rôles n’a pas vraiment décollé et à 22 heures, fermeture du parc, Konrad part danser. Plus tard, dans un état étrange, il entre par effraction dans le studio d’un pote musicien où il passe quelques heures à délirer grave, tout seul.

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Le lendemain, à 7 heures du matin, les oiseaux chantent. Konrad aussi. Canalisant la force motrice du personnage elfique qu’il interprétait la veille, un certain Jaypar Prakkari, Konrad est en pleine mission: la chasse aux dragons : « J’allais sauver l ‘Amérique, le président Obama allait être assassiné dans 10 jours, Morgoth était après moi, il fallait que je chasse les dragons. C’était fou ! »

Imaginez ce gentil allumé, complètement défoncé à l’intersection de Southeast Morrison Street et Southeast 7th Avenue, arme au point décidant de s’attaquer aux dragons de la circulation : « Je marchais sur la ligne jaune au milieu de la route, défiant les voitures. Rien ne pouvait m’arrêter, fonçant comme dans un vaisseau spatial. Ça klaxonnait de partout, les voitures me contournaient, les routiers me gueulaient dessus. C’était fabuleux, je m’éclatais. »

Dans sa BMW rouge, Sue Bales, amène comme toute bonne mère américaine dévouée sa jeune fille adolescente au lycée. Pas de chance, l’intersection où se trouve notre Konrad est sur la route de Sue. La BMW se déforme en dragon rouge dans l’esprit délirant de Konrad et ce dernier se jette sur le capot de la voiture de Sue à grands coups d’épée. « J’ai sauté sur le capot et j’essayais de percer ses pneus avec mon épée Zelda », dit-il. « J’essayais de prouver quelque chose. »

Complètement paniquée, Sue appelle la police, surement habituée plus qu’on ne le pense aux illuminés de Portland : « Honnêtement », reconnait Konrad, « les flics étaient plutôt sympas. Même celui qui me pointait son Taser dessus… Mais ils m’ont cassé mon épée ! Je n’étais vraiment pas content. »

Vous avez ici le témoignage de la victime, complètement déboussolée :

Direction le Centre Médical de Providence St Vincent dans une des banlieues de Portland, Beaverton, pour quelques jours en soins psychiatriques. Il est avéré que Konrad a des épisodes maniaques, vraisemblablement exacerbés par la prise de drogues. D’ailleurs, à l’hôpital, interrogé par les médias, il a reconnu être un habitué des services de psychiatrie, évitant ainsi la dure réalité de la cellule de prison : « C’est pour ça que j’aime être fou », dit-il, « c’est ma carte d’immunité à la case prison ». Pendant ce temps-là, il tire le tarot aux autres patients et planifie déjà son prochain rôle. « J’appelle cela ma retraite d’écrivain », dit-il, « Cela me sort de la réalité. Plus vous respirez et vivez dans ce monde, plus vous devenez ce monde. Je peux vraiment faire le pont. C’est une question d’équilibre entre la lumière et l’ombre. »

Konrad Mckane est auteur de ses propres délires, une fresque fantasque de son héro – Elfe de nuit solitaire – Jaypar Prakkari, qui surgit lors de ses épisodes hypomaniaques, avec ou sans drogue. Vous pouvez vous procurer son livre Alkaya : The Legend of Empyro, ici. Immense coup de pub’ ou véritable délire, à vous d’en juger ! Sur son Facebook, des photos de son lit, notamment un selfie de.. son bras qu’il soupçonne d’avoir été victime de vampirisme pendant la nuit : « Vampires got me, again ! »

Article source par Shane Dixon Kavanaugh en anglais pour Vocative.com. Toutes les citations sont des propos rapportés par Shane Dixon Kavanaugh.

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