Auditeur de Fun Radio devenu animateur, Gérard de Suresnes est une légende méconnue du paysage radiophonique. Alcoolique gueulard, il a animé l’une des émissions les plus foutraques de l’histoire de la radio et a terminé dans une fosse commune. Histoire.

Gérard de Suresnes, né Gérard Cousin, est mort le 10 mai 2005 à l’âge de 44 ans. Enfant des années 60, Gérard était un auditeur radiophonique devenu animateur sur la station Fun Radio, aujourd’hui objet d’un culte très tendre sur internet. Ce personnage haut en couleur, à dominante de rouge, surnommé « l’alcoolique le plus célèbre de la bande FM », anima une émission de radio (très) libre de 1997 à 2002 : Les Débats de Gérard. Bordélique, foutraque, non-sensique, l’émission laisse la part belle à Gérard qui pose des questions à ses auditeurs et passe le plus clair de son temps à se battre avec eux. Ce « mélange comique d’esprit franchouillard, de rustrerie et d’inculture » donne des débats interminables et hilarants qui ne ressemblent à rien de connu.

Il connaît un certain succès mais meurt seul, trois ans après l’annulation de son émission. Car Gérard de Surenes est aussi et surtout un looser magnifique, à la vie cocasse et triste, qui en dit long sur notre belle époque.

Gérard, de la DDASS au HLC Cité Carnot

Pour Gérard, les emmerdes commencent tôt : placé à la DDAS, il aura plusieurs familles d’accueil jusqu’à sa majorité. L’école ne l’intéresse pas, puisqu’il ne rêve que de « conduire un camion ». Ainsi arrête-t-il l’école très jeune pour se mettre au volant et de se marier, à 28 ans. Mais, trois ans après ses débuts de routier, Gérard a un accident qui le laisse grièvement blessé. Compréhensive, sa compagnie le licencie puis le laisse handicapé et sans travail. Gérard se met à boire, sa femme le quitte et il n’obtient même pas le droit de rendre visite à sa fille Roseline.

Gérard, plus poète que Houellebecq

211166_300342293329167_1775888675_nA la rue, le malchanceux réussit à obtenir un logement social à Suresnes, une vrai lueur d’espoir dans les Hauts-de-Seine. Malheureux, vivotant dans le HLM de la Cité Carnot, Gérard commence à écrire des poèmes, tous destinés à des femmes imaginaires. Dans son oeuvre, le mélange de sentimentalisme variété française et d’ambiance de parking-hypermarché n’est pas sans rappeler une sorte de Houellebecq première manière :

Toi Cassandra qui habite non loin de la région
Toi Cassandra qui a une voix si douce à entendre au téléphone
Toi Cassandra qui devra choisir le parfum que je t’offrirai
Toi Cassandra qui devra choisir le poème que je lirai à 1h15
Moi qui ai douze ans de plus que toi, mais l’âge n’a rien à voir
Moi Gérard qui habite à Suresnes dans le 92
Toi Cassandra qui espère qu’on puisse se voir très bientôt où tu m’appelles après à la cabine si tu veux bien
Je préfère te dire que je suis assez triste dans la vie
Mais Max sait très bien pourquoi
J’espère que tu pourras, si tu es d’accord, de me remettre dans le droit chemin, si des fois on trouve une amitié sincère, durab’, voire même une amitié très sympa

A cette époque, Gérard écoute beaucoup Fun Radio et décide de contacter l’animateur Max (le Star System), à qui il récite ses poèmes « depuis la cabine téléphonique de sa cité ». Max renifle tout de suite l’opportunité et donnera d’autres occasions à Gérard de réciter ses poèmes loufoques. Gérard retrouve le goût à la vie en lisant des extraits de « Mon papillon, Mon croûton ou encore Ma bibi ». Les fans de Gérard ont religieusement répertorié les étapes de cette renaissance historique, notamment sa rencontre réelle avec Max, le 16 octobre 1996 à 3 heures 15 du matin avenue du général de Gaulle à Neuilly sur Seine.

Max décide d’offrir à Gérard sa propre émission de radio libre hebdomadaire.

L’âge d’or de Gérard

C’est le début des Débats de Gérard. Difficile d’en résumer le contenu, mais le principe consiste, pour Gérard, à lancer des débats de société. Mais, pour les autres, l’objectif est de faire sortir le GG de ses gonds. En réalité, contractuellement, Gérard n’est qu’assistant d’antenne et il est épaulé par une équipe d’animateurs confirmés, la « Dream Tize », un trio chargé d’énerver Gérard, soit en se moquant de lui, soit en le faisant réagir à des remarques d’internautes sur Minitel et IRC. Autre élément capital de l’émission, sa participativité : les auditeurs y occupent une place prépondérante, s’exprimant librement, parfois tous en même temps ! Tantôt calmement ou cherchant à tout prix à « faire gueuler le moustachu ». Parce que quand il n’est pas content, Gérard s’énerve, et pas qu’un peu. Les auditeurs les plus présents deviennent les « habituels« , tous répertorié par les fans aujourd’hui. C’est l’âge d’or des Débats de GG.

Ecoutez les incroyables bordelo-débat on l’où s’interroge notamment sur « Pourquoi que les nanas ? », la Virginité ou, bien sûr, sur les Ovnis.

Ce qui peut choquer, c’est combien l’émission tourne autour du comique involontaire de Gérard, son langage, ses manières de routiers, son hygiène et ses conquêtes amoureuses... Lors de ses débuts radiophoniques, Gérard est en couple avec une jeune femme atteinte d’obésité, une certaine Christine, qui n’hésitera pas à contacter la radio pour se moquer de lui après leur séparation : « son absence de jouissance ou encore l’usage détourné qu’il faisait de cotons-tiges. Elle brosse également un portrait peu élogieux de Gérard en avançant qu’il lui volait de l’argent dans son porte-monnaie ; allégation que l’intéressé a toujours démenti » (sic).

Il y a tant à dire ! De la rencontre de Gérard avec Sandy à sa cure de désintoxication dans les Alpes, en passant par le jour où il apprend, à l’antenne que Sandy l’a fait cocu avec son meilleur ami. Il quitte l’antenne et ne donne plus de nouvelles pendant plusieurs mois. A la fois grotesque et triste, la vie de Gérard a-t-elle été entièrement écrite par Fun Radio ? On peut en douter vu la triste fin qu’il connaîtra quelques années plus tard.

Mise à mort par Fun Radio ?

La scène a lieu le 30 octobre 2002. Sandy l’a quitté, emportant ses disques et une collection de T-Shirts auxquels il tenait beaucoup, quand soudain Gérard s’exclame « Aïe Hitler » pendant un débat sur le bizutage. Quiproquo, le jeu de mot est pris pour un salut hitlérien alors qu’il s’agit avant tout d’un « Aïe » de douleur : Gérard s’était cogné le genou sur la table de la radio. Les animateur réprimandent Gérard et le réalisateur et le producteur l’enjoignent à s’excuser, ce qu’il fait en retirant son jeu de mot. Ça ne suffit pas, l’antenne est immédiatement coupée en plein débat. L’animateur est viré de Fun Radio.

Sans emploi ni perspective de reconversion, Gérard part s’installer à Montluçon mais, seul et ne parvenant pas à tourner la page, il se serait laisser mourir. En 2005, un cancer foudroyant l’emporte : sans argent, sans famille, son corps est placé dans une fosse commune au cimetière de Désertines.

Heureusement, un groupe d’anciens auditeurs et de fans, apprenant la nouvelle, se cotise pour lui payer une plaque commémorative.

gerardplaque

Source : Wikipedia ; Dweezil Pimpwagon

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