« La preuve de la couche, c’est qu’on chie dedans »

Engels (?

Naître, babiller, téter ; geindre, batifoler, déféquer… La petite enfance paraît à première vue étrangère au Tryangle. Dernièrement, je fus plutôt ému en tombant au détour d’une page Web sur cette déclaration d’amour paternel :

“When daddy comes to get you there’s a little gurgle of excitement. You look in his eyes to see if you can guess what he has planned for you, but you’re also just happy to see him.” (Quand papa vient te chercher, on peut entendre un petit gazouillis d’excitation. Tu essayes de deviner, en le regardant, ce qu’il a prévu que vous fassiez, bien que tu sois aussi heureux de le voir, simplement ”)

Comment tirer un article de ce vomissement de tendresse ? Je n’y songeais même pas avant de découvrir la photo de l’aimé bambin :

Je venais de faire connaissance avec la communauté des « Adult-Baby Diaper Lover », ou ADBL. Ces grands garçons et filles amateurs de couche sont moins marginaux qu’ils n’y paraissent. Ce phénomène, lentement mais sûrement, traverse l’Atlantique et rencontre chez nous un certain succès. Un gazouillis d’excitation s’élève des chaumières de ce vieux pays.

Le Tryangle analyse.

Pour mieux comprendre ce mouvement, voici quelques propos d’introduction, traduits de l’anglais, du site de référence abdldaddy.com (hors ligne) :

Être un bébé adulte n’est pas un rôle : c’est l’expression profonde d’une personnalité qui n’a pas peur de demander de l’amour, des soins et de l’attention. J’entends souvent parler à notre propos de « jeu de rôle », mais souvent il s’agit surtout de passer du temps sur le net avec quelqu’un, pour s’imaginer en différentes scènes et situations. Quand vous vous occupez d’un « petit garçon », il est important de savoir qu’il ne joue pas un rôle : il exprime sa personnalité, il investit un espace sûr où il pourra sentir chaleur et réconfort […]. Imaginez-le se réveiller, peut-être dans son charmant petit berceau, alors que son papa change sa couche souillée : encore tout ensommeillé, à moitié rêvant, son esprit est gentiment réconforté par votre contact, par le soin déployé pour le changer, la façon dont vous lui caressez les fesses, la manière dont vous le poudrez de talc, avec des caresses circulaires et douces…

Les ABDL aiment cultiver la confusion : entre partenaire sexuel et papa, entre éphèbe membru et petit garçon. Tentons d’analyser la chose.

Notre premier constat, c’est que l’ABDL n’est pas tout à fait un bébé. L’image suivante le prouve suffisamment :

Comment comprendre le plaisir de l’ABDL ? Il pourrait résider dans l’humiliation. Pourtant, si l’on en croît « Abdldaddy », celle-ci est moins une fin en soi, qu’un moyen de se replonger dans l’enfance.

« Je ne suis pas un amateur de l’humiliation intentionnelle », soutient-il. « Je ne pense pas que des sentiments négatifs soient un socle solide pour expérimenter le fait d’être un petit garçon ou un porteur de couche, sur le long terme ».

« Alors que je sais que des petits garçons le désirent, je n’impose jamais une situation humiliante ». Mais il est bien forcé de reconnaître que « l’humiliation, la douleur, la discipline peuvent sembler, ou même être une bonne méthode pour enclencher plus vite un processus de régression »

Le port de couche est donc plus qu’un simple masochisme. Le site « infantilisme.info » propose le schéma explicatif suivant, qui a plu, on le comprendra, à l’équipe du Tryangle :

Le triangle AB/DL : les différentes orientations dans l’infantilisme et le fétichisme des couches

Source : http://www.infantilisme.info/comprendre/le-triangle-abdl.html

Mais d’après nous l’infantilisme a plus à nous apprendre. Il existe bien, si l’on y songe, une métaphysique de la couche-culotte.

L’authentique phallocrate

En effet, le bébé –adulte n’est pas en tenue d’Adam. Son plaisir tient dans le port de la couche, qui voile fort à propos la croissance de son sexe. Ce même organe n’est pas voué à une sexualité conventionnelle, mais ne sert qu’à uriner, profondément enfoui si besoin sous une couche d’excrément. L’infantilisme procède d’une sexualité qui nie l’organe sexuel.

En cela, l’infantilisme est riche d’enseignement sur notre époque. Le freudisme, le rapport Kinsey, enquête célèbre sur la sexualité des Américains, la pornographie et la norme de la sexualité épanouie relève d’une même tendance : la transparence généralisée, la fin du tabou sur la chose.

Or traditionnellement, l’attraction sexuelle tient au tabou, à l’occulte, au caché : en latin, les organes sexuelles sont désignés par le terme pudenda, qui désigner ce qu’on doit dissimuler, les parties honteuses. Vagina de même désigne le fourreau, où le phallus hétéro rangé se doit de se dissimuler.

La sexualité ABDL est donc, paradoxalement, réactionnaire. L’infantiliste cache dans ses couches ce sexe qu’on ne saurait trop dévoiler. Il fait plus fort que la sexualité adolescente des magazines pour les 15-64 ans. Plus freudien que Freud lui-même,  il explore le refoulé dès l’origine.

On pourrait pousser plus loin l’analyse : si l’on en croît Sigmund, le petit enfant c’est le phallus que sa mère désire. On peut donc avancer que l’ABDL, en se cachant la bite sous des couches, redevient bébé… donc bite géante. Il est ce phallus monstrueux à taille humaine, rêvant d’être tripoté, caressé, au centre des attentions.

Un bébé-adulte se définit donc, alchimie inédite, comme un bourgeois devenu phallus. Le schéma ci-dessous l’illustre :

La sexualité ADBL est en outre profondément subversive. Cela reste à expliquer, via un petit détour historique.

Le monde d’aujourd’hui est largement le produit des Lumières. Quelles sont les fondements de ce courant de pensée du XVIIIème siècle ? Le refus de l’autorité et du paternalisme ; l’individualisme et la Raison souveraine ; la recherche de l’égalité enfin, des individus, des sexes, des conditions.

Or, par une ironie de l’histoire, l’ABDL de base, occidental de classe moyenne, se porte en faux contre toute notre morale bourgeoise issue des Lumières. C’est un véritable aristocrate. Dénué de responsabilité et même de pensée, il est étranger à toute idée de Progrès : c’est la régression, les gazouillis, la vie végétative qui l’excitent. Il chie littéralement sur l’égalité des sexes : nombre d’amateurs se pâment en se faisant torcher par leurs épouses. Il s’agit moins de se bâtir comme individu que de retourner à la confusion de l’enfance, où l’identité personnelle n’était pas encore née.

En conclusion, le bébé-adulte, sans le savoir, joue des Lumières contre elles-mêmes. Il oppose à l’individu absolu un autre mythe du XVIIIème, celui de l’enfant-roi, dont la paternité peut être attribuée à Jean-Jacques Rousseau, dans son Emile.

Bref, l’homme moderne qu’on veut si performant se sabote au pieu. Plutôt que d’être artisan de lui-même, il préfère l’oisiveté radicale, le seul égalitarisme abouti, l’indistinction de la petite enfance.

Deux cents et quelques années après la mort du Roi, le sans-culotte, fatigué de l’autonomie adulte, lassé de la mort du Dieu-Papa, s’est reculotté.

Espace courrier : Entrevue avec Wolfy, un ADBL

Propos recueilli par Quentin 

Le Tryangle étant résolument démocratique, il laisse la parole aux ADBL. Voici l’interview d’un jeune praticien, qui s’est laissé aller à de brèves confidences. Nous le publions tel que nous l’avons reçu.

Quand, et comment, est-ce que ça a commencé ?

Tous à commencer vers l’âge de 7 ans, quand ma mère à eut mon frère et ma sœur à un an d’intervalle et à presque arrêter de s’occuper de moi. Je ne sais pourquoi, jalousie peut être, un gros manque d’affection aussi, mais c’est à partir de ce moment que j’ai eut envi de porter des couches. Depuis ca ne m’a jamais quitté. Mes parent ne l’on jamais sue, parfois on trouver quelque couche dans la chambre mais n’ont pas cherché plus loin que ça et n’est pas envi de leur en parler plus que ça.

Qu’est-ce qui te plait là-dedans ?

Avant tout, un sentiment de sécurité. Après une longue journée, sa me fait du bien, et souvent m’aide à passer de bonne nuit. Après les utiliser, c’est une autre histoire, si c’est pour la mouillé sa passe très bien mais le reste, très peu pour moi.

Peux-tu me parler des ABDL en général ?

Que dire, il existe plusieurs type d’abdl, le premier que l’on appel DL(diaper lover) ne porte que des couches pour le plaisir, mais ne les utilisent pas. Un peu comme un calson. Les AB(adult baby) sont plus accès sur un comportement enfantin/bébé, régression. Cela impliquer aussi, jouet, vêtements et autres accessoires. Il y a de meilleures explications sur les pages d’abkingdom et surtout plus complète. Sinon se sont des personnes comme tout le monde, qui vont au travail, on des loisirs normaux, tout ne tourne pas qu’autour des couches.

Quels sont les sites que tu fréquentes et quels sont les meilleurs sites ?

Je ne suis pas très adepte des sites communautaires en générale, encore moins si les sujets ne parle que de cela. Je ne me sens simplement pas à l’aise, et aime parler et autre chose que des couches. Je vais de temps en temps sur l’incontournable ABKingdom, mais sens plus. Il y a après quelques forums qui gravitent autour de ce sujet.

Quel type de couche préfères-tu ?

Etant encore étudiant, les couches les moins chères sont les bienvenues. Mais ce qui compte vraiment, c’est l’épaisseur, plus elle est importante, plus je les aime. Les Abenas sont vraiment bien, les Drynites aussi, j’adore les dessins dessus mais je peux plus rentré dedans maintenant. Après il y a toutes les couches que l’on trouve sur les sites spécialisé qui ressemble au couche bébé mais à la bonne taille. Avec une très grande préférence pour les imitations pampers taille 8

Dans quelle mesure appliques-tu ce penchant sexuel à ta propre vie sexuelle (photos, partenaires, vidéos…) ?

En générale, je recherche des personnes ayant le même penchant, pour une raison toute simple, il  n’y a rien à expliquer. Je ne peux pas nier que les couches maintenant les couches ne font pas un objet fétichiste pour moi. Mais pour les relations sexuelle, c’est beaucoup plus pratique sans.

As-tu d’autres penchants inavouables ?

Ces derniers temps, j’ai une plus grande attirance pour les garçons, mais c’est une autre histoire.

 Article initialement publié le 28 février 2012 à 20 h 15.

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