Matthew Silver : « We need a silly revolution ! »

Un homme en slip peut-il changer le monde ? A Union Square, New York, un énergumène en speedo a décidé d’essayer. Rencontre.

Messages d’amours hurlés en pleine rue, hugs sauvages et shows absurdités. Ces dernières semaines, le visage de cet homme excentrique a fait le tour du web – souvent sans que son nom soit précisé ou, pire, en le présentant comme un malade mental ou un drogué. Parfois, les deux en même temps.

Aujourd’hui, le Tryangle répare cette injustice : cet illustre inconnu se nomme Matthew Silver, c’est un artiste de rue qui prêche la « Silly Revolution », la révolution loufoque. Nous vous présentons, en exclusivité française, ce personnage fascinant et terriblement attachant.

To read the english version, click here – Translation: Malo Sutra Fish – Cover photo source: Maninwhitedress

Une vidéo d’une de vos performances de rue a récemment fait le buzz sur le web, la plupart du temps sans donner d’explications, ni même vous créditer. En regardant les réactions des uns et des autres, le point commun est : « Cet homme est complètement taré mais il ne dit pas que des conneries ! »

Je me moque que les gens pensent que je suis fou. Le principal, c’est qu’un message positif se soit propagé ; et c’est ça que les gens ont apprécié. Moi, c’est tout ce qui m’importe. Je suis sur cette planète pour générer de l’amour fou et farfelu, et je suis content que d’avoir réussi à le faire dans une certaine mesure. En fait, je pense que les gens se marrent en apparence, mais qu’ils sont parfois profondément touchés.

Comment cela a-t-il débuté ?

J’avais 25 ans et j’avais envie d’avoir une carrière d’artiste. Il était très difficile à l’époque de pouvoir jouer sur scène. Du coup, je me suis lancé dans le spectacle de rue. Aujourd’hui, mon principal objectif est de faire rire les gens. Faire cela, y arriver jour après jour, me rassure, me donne la capacité de continuer et le fait de partager mon talent me relie chaque jour au monde. Je me moque de savoir si les gens rient de moi ou avec moi, je suis un clown ! Et il y a une vraie progression dans ce travail : pendant longtemps, j’étais bloqué par mon propre jugement, je me sentais souvent bête en imaginant que les gens me ridiculiseraient… J’étais en pleine crise existentielle et j’avais besoin de la surmonter. Je voulais m’inculquer l’audace, le courage. Voilà la solution que j’ai trouvée !

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Comment est-ce que les gens réagissent ?

Parfois, les gens ne savent pas trop comment réagir. Ils restent perplexes… parfois, ça les fait rire. Parfois, ils s’en moquent complètement. Parfois, ils n’aiment pas du tout et le laissent savoir pendant que je fais mon show.

S’agit-il d’une expérimentation humaine ? Vous expliquez que parfois vous fixez les gens qui ne rient pas… est-ce un challenge, les défier jusqu’à la crise de rire ?

Pour autant, non, ce n’est pas une expérimentation sociologique pour moi, c’est véritablement une réalisation d’un but spirituel. C’est la raison du pourquoi je suis sur cette terre. Oui je fixe du regard les gens et la majeure partie du temps ça les fait rire car ils ne s’y attendent pas. Et généralement, pour faire rire les gens, il suffit juste de les regarder droit dans les yeux en faisant une drôle de tête.

Matthew Silver – The Great Performer : The Back of the Busk

Quel est le but de vos performances ? Par exemple, pourquoi vous baladez-vous avec vos animaux en plastique comme votre poulet ou votre précieux rat ?

Mon boulot est de faire rire le plus de gens possible aussi longtemps que je serai de ce monde. Je marche vers les gens avec mes jouets en plastique parce ce que c’est drôle, et qu’un adulte se comportant de manière stupide, ça vous montre qu’il est possible de se comporter ainsi. Ce n’est pas grave

Vous dites que les gens ont besoin d’être stupide ( « silly » ), je cite : « Nous avons besoin d’une révolution idiote […] il faudrait un mec étrange se baladant dans chaque rue ». Est-ce qu’une révolution stupide peut vraiment arriver ? Comment ?

Une révolution stupide, oui, c’est tout à fait faisable ! Je sais que beaucoup de gens ont la même chose, et ont en marre de leur métro-boulot-dodo. Mais je sais aussi que je ne suis pas le seul clown sur terre. Ce qu’il faut pour qu’une révolution stupide soit possible, c’est que les gens n’aient plus peur du ridicule et se laissent la liberté d’être clown à leur tour. La plus grande leçon que j’ai apprise à travers mon travail, c’est que juger les autres nous enferme : si on ne laisse pas les gens être ce qu’ils sont, si on les juge, alors on se juge soi-même et automatiquement on se prive de liberté. C’est une cage !

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Source of the photo is the blog NYC Grid

Dans un documentaire sur votre travail, vous expliquez comment l’improvisation vous aidez à dépasser un problème personnel d’autocritique.  Est ce que la sottise fut d’abord une révolution personnelle ?

Oui, c’est avant tout une révolution personnelle, ça m’a appris à être moi-même, plus authentique. Avant de me mettre à jouer maintes fois dans la rue, je me sentais bloqué, comme freiné. J’ai maintenant une bonne idée de qui je suis. Or, on ne le sait pas tant qu’on n’a pas fait face au monde avec sa propre personnalité et son propre style. Il y a encore 10 ans, j’étais très timide, et à 25 ans, j’ai commencé à jouer dans la rue.

Avez vous des références en particuliers, des modèles qui vous auraient inspirés ?

Oui, Andy Kaufman, Jack Smith, Steve Martin, Robin Williams, Alexandro Jodorowsky, David Lynch.

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Quelle est votre meilleure expérience, et la plus mauvaise, de vos performances ?

Ma meilleure expérience, ou ma préférée, est lorsqu’une personne se joint à moi de manière complètement spontanée et inattendue. Ou alors lorsque quelqu’un se met à rire tellement fort qu’il en pleure. Par contre, le pire fut quand ce grand type commença à me harceler à Union Square, en m’ordonnant de m’arrêter de faire de la performance de rue en Speedo en me menaçant de mort si je ne m’arrêtais pas. Le mec se justifiait : « Il y a des enfants qui regardent ! ». Le mec s’est fait arrêter pour harcèlement – pas de moi mais d’une femme, je précise. Au final, il m’a testé et m’a donné de l’expérience, que ça me plaise ou non. Un article dans le Gotham City blog avait d’ailleurs été écrit à ce sujet.

Avez-vous un message pour nos lecteurs ‘weird’ français ?

Oui, si vous voulez être libre dans votre existence et ressentir votre cœur battre d’un amour pur : arrêter de juger les gens. Ils ne sont qu’un reflet de vous-même, et si vous jugez la vulnérabilité des uns, vous jugez avant tout la votre. Vous vous empêchez tout seul d’exprimer ce que vous ressentez au plus profond de vous-même, dans votre cœur, et vous serez malheureux.  En gros, pétez joyeusement votre amour, tel un gaz spontané de joie.
B-KAWK !!!

Comment fabriquer un Love Portal ?

Le Love Portal – portail quantique d’amour  – symbolise un phénomène : quand tout le monde rit en même temps pour rien, on produit une énergie collective d’amour et de paix. Une expérience métaphysique collective, B-KAWK !!!

Propos recueillis et traduits par Quentin B. et Malo Sutra Fish[/fusion_text][/two_third]

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