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Ce ne sera pas la faute de ce guide si vous vous ennuyez à Paris. Même si Paris n’est plus la ville la plus étrange de la planète, certains coins bizarres résistent encore et toujours à l’envahisseur. Entretien avec ses deux auteurs.

Avec cette édition 2014 de Paris nuits insolites, les éditions Jonglez viennent de mettre à jour leur très recommandable guide des recoins étranges de Paris. Ici, pas question de présenter l’histoire de Paris ou d’en déchiffrer l’architecture maçonnique, mais plutôt de trouver des lieux regorgeant de bizarrerie bien vivante et de communautés de farfelues auxquelles vous pourrez rendre visite à votre guise. Pas de sociétés secrètes donc, plutôt des sociétés discrètes ! Les Editions Jonglez proposent toutes une collection de guides insolites, de Londres à New York en passant par Copenhague, tous « écrits par des habitants » qui ont envie de partager leurs secrets.

Si la première édition du guide parisien avait été réalisée par Jean-Laurent Cassely, journaliste chez Slate et auteur de Paris le manuel de survie, il a cette fois-ci été rejoint par Maïlys de Seze pour mettre au goût du jour les nombreuses adresses. Très orienté pratique, le guide fourmille d’indications horaires et de conseilles concrets pour s’intégrer à ces évènements sans faire de vague.

Tryangle. Quelle définition de l’insolite prévaut-elle dans ce guide?

Le constat de départ était qu’il existe des lieux, des rassemblements, des personnes, des activités à la marge du réseau de boîtes de nuit, bars, restaurants, théâtres et salles de spectacle, qui contribuent à la vie nocturne dans le sens très large du terme. Pour nous l’insolite, c’est tout simplement ce qui vous sort de la vie quotidienne et de ses banalités, et il y a beaucoup de gens qui fabriquent de l’insolite, volontairement ou non, à Paris !

Comment avez-vous trouvé et choisi les lieux qui y figurent?

L’éditeur Thomas Jonglez connaît bien Paris et a donné pas mal d’adresses lors de la première édition, complétée par Jean-Laurent. Aujourd’hui, Maïlys, a repris le guide pour le réactualiser, apportant son lot de nouvelles adresses venues de sa connaissance de Paris ou directement du web. Tout a été testé par nos soins et nous n’avons gardé que les adresses qui correspondaient à l’idée que nous nous faisons d’une soirée insolite.
Ce qui prévaut dans le choix, c’est une certaine régularité, une continuité et donc ne pas se laisser piéger par « l’insolite marketing »: il ne faut pas que ce soit le truc du moment qui n’existera plus dans trois mois, et donc, il faut éviter de donner des « coins secrets » et « lieux concepts » ayant pour principale vocation de faire le buzz et qui sont en général connus de tous car très vite relayés par la presse. Du bizarre durable, si vous voulez.

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Si je vous demandais de me préparer un trajet vraiment insolite pour ma soirée, que me proposeriez-vous ?

Une messe antoiniste, mini-religion « montée » par un couple d’ouvriers belges illuminés au 19eme, et qui compte trois temples à Paris, vaut assurément le détour. Cela devrait plaire au Tryangle de même que d’autres réunions ésotériques citées dans le guide, comme les soirées de démonstration paranormale à domicile, les expériences collectives de clairvoyance ou encore les rencontres ufologiques ayant lieu…au Flunch d’Aubervilliers.
Dans le même genre, vous pouvez rendre visite à « l’historien du mal et de la peur » Jacques Sirgent dans son « Musée des vampires et monstres de l’imaginaire » secrètement abrité dans sa maison aux Lilas. Ce passionné vous montrera son impressionnante collection et vous parlera de sa passion avec ferveur et force anecdotes fascinantes.
Sinon, vous pourriez apprécier le charme bucolique d’une escapade à la « Ferme du Bonheur », un espace hautement alternatif caché entre la lugubre fac de Nanterre et l’A86. A mi-chemin entre le campement gitan et la table d’hôtes de campagne, ce lieu surréaliste propose, au milieu des poules et des chèvres, toutes sortes d’activités allant des soirées dansantes aux concerts de clavecin en passant par des lectures de poésies.

Paris est-elle encore une ville insolite ? Jean-Laurent Cassely, vous avez aussi travaillé sur Marseille, n’est-ce pas une ville plus vivante en matière d’insolite?

L’a-t-elle jamais été? Je ne sais pas trop. Elle porte encore cette image bohème, les déambulations de Baudelaire mais assez vite elle devient aussi l’emblème de la ville moderne, consumériste, normalisée : l’effet Haussmann et la critique qu’en fait Walter Benjamin dans Paris, capitale du XXIe siècle. Elle est donc davantage perçue comme la ville de la norme que la ville des fantaisies, même si plusieurs Paris ont cohabité et continuent de le faire. Mais c’est de moins en moins le cas, ce que beaucoup ont observé ces dernières années, voir à ce sujet la polémique autour de la « nuit qui se meurt à Paris » qui a agité les milieux festifs.

On note une nouvelle forme d’insolite très « mairie de Paris » qui n’est pas sans le rappeler les descriptions désabusées d’un Philippe Murray sur la « classe festive ». Que pensez-vous de ce néo-bizarre ?

À l’époque de la première édition, on avait un débat pour savoir si le bar qui sert des cocktails dans des biberons avait sa place… d’un côté, oui c’est marrant, c’est « insolite ». D’un autre côté, l’insolite comme business s’est répandu avec les concepts servis à toutes les sauces, les endroits décorés et pensés comme des lieux décalés. La mairie a embrayé avec nombre d’événements culturels qui ont marqué la décennie 2000 (tout le monde cite dans le bilan de Delanoë le célèbre Paris Plage, les Nuits blanches, etc.) Si le festif est la norme, ce qu’observait Murray, l’absence de fête a presque quelque chose d’insolite non ?

Comment s’est déroulée l’enquête pour trouver les lieux du guide : des anecdotes?

Le mieux reste encore de s’en remettre au bouche-à-oreille : en allant « tester » un lieu bizarre, vous parlez forcément avec le patron ou les clients qui ont, en général, de bons tuyaux de connaisseurs à vous donner. La presse/sites spécialisés et les forums sont également des mines d’or pour les adresses étranges et secrètes. C’est en farfouillant dans ces communautés que l’on commence à se rendre compte des mondes parallèles qui existent à Paris…
Par ailleurs, il y a beaucoup d’endroits réunissant des passionnés d’un sujet prenant tout ça très au sérieux et donc il a parfois fallu s’inventer une nouvelle identité pour pouvoir « tester » ces lieux
Il faut aussi être capable d’intervenir dans des discussions de spécialistes sur des sujets dont vous ignorez tout (les ovnis, les vampires, l’au-delà…) au cas où vous vous faites alpaguer par le groupe. Avec le temps, nous avons du travailler notre couverture… à moins que nous ne soyons devenus tout à fait naturellement insolites nous-même !

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