Le webzine cyberpunk La Spirale vient de publier un entretien avec Stéphane Blanquet, artiste plasticien et dessinateur français dont l’univers sombre mélange sexualité et contes de fée dans un inquiétant théâtre d’ombre. Propos recueillis par Alla Chernetska.

Nous sommes tous prisonniers de nos corps, mais ces corps nous offrent aussi des sensations qui nous donnent envie de rester leurs prisonniers… Le travail de Stéphane Blanquet promène ses spectateurs dans un labyrinthe d’organes, qui revendiquent chacun leur propre existence, en vibrant, en frissonnant et en palpitant séparément les uns des autres. L’espace pictural de ses œuvres est empli de personnages et d’objets chaotiques qui, comme des pensées débordant d’un espace crânien, se ruent pour sortir de cet endroit trop limité ; afin de gagner le monde de créatures monstrueuses créées par l’artiste.

En pénétrant à l’intérieur d’une exposition de Blanquet, le visiteur se sent totalement immergé par son univers. Il participe à la danse macabre des bestioles qui recouvrent les murs. Captivé par la beauté damassée de ses personnages, on se laisse envahir par les myriades de détails qui s’agitent, tels des nuées d’insectes, dans nos cerveaux. Depuis la narration des contes jusqu’aux abstractions des « all-over » muraux, l’univers de Stéphane Blanquet nous propose une épreuve qui se vit, qui nous oblige à nous confronter à nos propres chimères, en offrant par la même occasion une hallucination charnelle et jouissive.

A.Chernetska (La Spirale) : Une conscience dite « saine » supposerait que les scènes de violence suscitent de l’effroi, du dégoût et un rejet. Alors qu’au fond, elles éveillent surtout de l’intérêt et le désir d’en voir plus, encore plus de détails. Vos dessins abondent d’actes de mutilation qui font sourire, tant ils rappellent des jeux enfantins ; comme le sentiment qu’il y a toujours en vous un enfant resté franc et honnête. Selon vous, qu’est-ce qui explique l’hypocrisie des adultes face aux images violentes, alors que les enfants ne cachent pas leur amusement ?

S. Blanquet. Les oeillères de l’avouable semblent pousser avec le temps chez l’adulte. Il est rare de rencontrer des gens qui n’ont pas de dégoût face aux sécrétions, à la merde ou aux viscères. J’essaye d’être très honnête avec mes images, si on y voit un jeu de massacre joyeux, je le confirme, mais si on y voit plutôt une image bucolique, fantastique ou bien une image extrême, c’est aussi ça, car je suis ce tout.

Il n’y a pas une lecture, une seule vision, c’est une multi-vision. L’image directe ne m’intéresse pas, j’aime les couches et les jeux de labyrinthes.

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