Inutile de le nier. Un jour, vous vous êtes retrouvé sur la « weird part of YouTube ». Cet espace à la géographie étrange, où se sont réunies, par la force des tags, les vidéos les plus bizarres, laisse l’internaute dans un état d’incrédulité mêlée de fascination. Ce sentiment a donné naissance à un mème : I’m in that weird part of YouTube again.

Ainsi, entre des vidéos de requins, de vaches péteuses et de cadavres lépreux, vous avez sûrement croisé les vidéos de Wendyvanity, une mystérieuse artiste au talent… inexplicable.

Wendy Vanity : « Are you God ? »

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Le compte YouTube de Wendyvanity a été créé le 27 janvier 2009 et il réunit aujourd’hui près de 11 000 followers. Ses quelques 600 vidéos d’animation 3D ont généré, à l’heure où nous écrivons ces lignes, 3,5 millions de vues. Dès ses premières oeuvres, Wendy a développé un style unique, rencontre contre-nature des tout premiers courts-métrages Pixar, de peintures surréalistes et des fonds d’écran Windows 95. Mais Wendy n’a pas tout de suite attiré des hordes de fans. En 2010, Wendy confiait sa tristesse quand aux peu de « vues » sur ses vidéos, accusant internet de ne s’intéresser qu’aux choses répugnantes et stupides (ici, deux chiens se grimpant sur la croupe).

Mais, avec la vidéo « meow! sad toy cats.wmv », l’artiste commence à se faire connaître et rentrer dans le monde fermé des vidéos virales. Ce succès surfe sur la vague du YouTube Poop, nom donné aux vidéos absurdes et non-sensiques qui pullulent sur le réseau. Regardez :

Avec ce petit chef-d’oeuvre (pour profiter de l’engouement, elle lui donnera une suite sur les chiens), Wendy devient une célébrité et, progressivement, la presse Net-Artistique reconnaît en elle un inexplicable phénomène.

Si l’on devait tenter une description de l’oeuvre de Wendy, les premier mots qui viendraient à l’esprit sont « Prozac » puis «  »Trangsène ». La patte Wendyvanity est inimitable et cauchemardesque : sous-entendus sexuels, voix flippante au vocoder, texture ignoble et scintillante, personnage au regard vide dans des environnements solitaires, thématique morbide et des personnages récurrents comme Tom R. Toe, le fermier terrifiant qui cultive des tomates en bretellesMr. Meat Tray, un écorché qui danse Gangnam Style mais aussi Brunna, alter-ego sexy de Wendy, très disponible sexuellement.

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Les YouTubers sont très nombreux à trouver ses oeuvres très excitantes et à réclamer, de but en blanc, des créations pornographiques, comme en témoignent ces commentaires YouTube qui réclament du « porn »:

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Sans être pornographiques, certaines créations de Wendy versent dans un érotisme numérique à la fois dérangeant et touchant. Très souvent, ce sont dans ces vidéos que Wendy se met en scène avec son propre physique, son propre personnage. L’érotisme de ces vidéos ayant dérangé YouTube, l’artiste a dû les poster sur Vimeo sous forme de compilation, en plaçant cet avertissement :

Warning mild artistic nudity, virtual versions of myself done using Poser, Carrara and Daz studio, a compilation of removed videos that could have got me banned from YouTube. Non-sexual , sensual but video flagging trolls don’t like big beautiful women.

La « big beautiful women », c’est Wendy. Regardez (surtout après 3min) :

big beautiful virtual Wendy from wendy Vain on Vimeo.

Les questions s’accumulent : qui est-elle ? Que veut-elle ? Quel est son projet ? A-t-elle fait des études d’art ? Expose-t-elle ? Et, même, a-t-elle la moindre idée de ce qu’elle est en train de faire ?

« Does Wendy knows what she’s doing ? »

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Wendy n’est pas seule. Son étrangeté rencontre un public de plus en plus nombreux et dont les réactions étonnent. En effet, au coeur des commentaires YouTube, la question qui revient le plus souvent est, tenez-vous bien, « Wendy, are you God ?« . Quelques exemples :

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Faut-il vraiment penser que cette inconnue réussisse à déclencher de telles réactions sans le vouloir ? Et bien oui. Si l’on en croit ses rares prises de paroles et commentaires YouTube, Wendy tripote ses programmes de 3D (Carrara, Poser…) et de musiques, sans projet particulier. Elle insiste toujours sur le fait qu’elle « teste » telle ou telle fonction de son programme, notamment les moteurs physiques et générateurs de poils. Par exemple, dans le cas de la vidéo précédente, « meow, sad toy cat », Wendy ne développe pas de discours artistique, au contraire :

just a silly displacement fur test using free animation software Daz studio, not meant to invoke any deep feelings, am extremely puzzled by some comments received on this.

Dans sa présentation générale, Wendy se contente d’expliquer les programmes qu’elle utilise, et d’ajouter :

just a hobby animation software user using ready made content, just having fun on my computer and sharing.

Et pourtant, l’un des deux « Top comments » de la vidéos « Meow, sad toy cat » est, pour le moins, enthousiaste :

Capture d’écran 2013-05-19 à 12.09.49Wendy, sans le faire exprès, a déclenché quelque chose d’incontrôlable. En l’absence d’explications, le Tryangle vous propose son analyse de l’oeuvre de Wendy. Et si celle-ci avait un sens caché ?

« Viral Vacuum » : les « Memento Mori » de Wendy

Passons à l’interprétation : est-il possible de faire sens avec ces vidéos de chat dont les poils poussent et de grosse femme dansant dans du lait rempli d’orque mort ? La réponse est oui.

La vidéo ci-dessus s’appelle « Viral Vacuum ». C’est un jeu de mot qui peut autant signifier « aspirateur à vide » ou « la viralité du vide ». C’est l’une des rares vidéos où Wendy semble envoyer un message de façon assez explicite. Choquée par son succès, Wendy s’étonne des commentaires suscités par ses vidéos. Sans cesse, elle insiste sur la « vanité » de ses créations qui, pour elle, valent moins que rien, comme elle le dit ici :

10K subscribers watching my channel of pure shit! lol!
why?????????????

Dans l’inexplicable succès de ses productions, Wendy voit le reflet d’un web du divertissement absurde où des milliards d’yeux se rivent sur des vidéos de chats faisant « meow meow ». Mais le chat de la célèbre vidéo n’est qu’un objet, un « sad toy cat« . Wendy va ainsi opposer au discours enthousiaste de ses fans la simplicité de ses petites créations et leur horreur croissante. L’aspirateur à vide, « viral vacuum », c’est le purgatoire atroces des vidéos virales. Le divertissement. Les vanités.

800px-Memling_Vanity_and_Salvation

« Vanitas vanitatum ! » L’oeuvre de Wendy touche alors à son véritable sens : les Vanités. La mort, omniprésente, n’est pas retardée par le partage de nos petites créations éphémères. Convoquant l’imagerie médiévale des vanités, Wendy rend de plus en plus manifeste un « memento mori » Lulz et tragique :

Memento mori est une locution latine qui signifie « souviens-toi que tu mourras ». Elle désigne un genre artistique de créations de toutes sortes, mais qui partagent toutes le même but, celui de rappeler aux hommes qu’ils sont mortels et la vanité de leurs activités ou intérêts terrestres.

Sans doute plus au fait de cette référence qu’on ne le pense, Wendy confirme cette idée dans la vidéo suivante. Regardez :

On se souviendra alors du pseudo de l’artiste : Wendy Vanity. Ce que l’on avait pris pour un prénom féminin, presque un nom de putain, est en fait un programme artistique. L’analyse se confirme si l’on regarde le nom de sa chaîne Vimeo : Wendy Vain.

Wendy tripote ses programmes 3D avec joie et tristesse en attendant la mort. Oeuvre triste, la chaîne YouTube de Wendy Vanity est un musée merveilleux, et vivant. Un livre d’or à web ouvert qu’il faut visiter, avant que mort s’ensuive.

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