asatruL’ásatrú est un culte néo-paganiste germanique (plus précisément germanique du Nord), dit aussi nordique ou scandinave. Elle tire la plupart de ses enseignements dans les sagas islandaises. Cette « religion » vise à faire revivre les cultes qui existaient avant l’arrivée des religions monothéistes. Le mot ásatrú signifie littéralement « foi, croyance en les Æsir », en islandais moderne. 

Les pratiquants de l’ásatrú sont appelés Ásatrúar ou encore ásatrúiste – un pur néologisme, utilisé faute de terme plus approprié. Les peuples scandinaves ne donnaient pas de nom à leur culte avant l’arrivée du christianisme. Suite à l’arrivée des missionnaires chrétiens en Scandinavie (IXe siècle), les textes médiévaux mentionnent le terme Forn Siðr (terme signifiant « ancienne coutume » ou « ancienne pratique » en vieux norrois) pour désigner la religion originelle de ces peuples. La Forn Siðr a été presque éradiquée à partir du XIIe siècle, suite à l’incendie (mythique) du temple de Gamla Uppsala, en 1087, et à l’établissement de l’archevêché de Suède, en 1164, en lieu et place de celui-ci.

Principes

Il n’existe pas de théologie orthodoxe de la religion Ásatrú, bien qu’il existe des variantes. La Nature est adorée, relativement à sa représentation dans le panthéon nordique, mais également révérée dans la pratique. Notons toutefois que l’Ásatrú n’est pas une religion repoussant les innovations techniques.

Les Ásatrúar ne considèrent pas leur religion comme étant issue du néopaganisme au sens usuel, et la majorité des fidèles rejettent cette étiquette. On la considère davantage comme une religion reconstruite.

Dans la religion Ásatrúar, les Æsir,  dieux de leur Panthéon, ne sont pas des êtres infaillibles ni même immortels et on ne les adore pas avec soumission. Ils sont plus considérés comme des amis dont la sagesse et la puissance peuvent venir en aide à point nommé. De plus, les dieux du Nord ne sortent pas tout en armes de la tête de leur géniteur et ne restent pas immuables devant le passage du temps. Ils sont le produit de leur existence, comme on peut le voir en étudiant la vie de Loki, le géant du feu, ou mieux, celle de Freyr, le dieu de la fertilité. Les hommes, créés par Óðinn et ses frères, sont très proches des dieux, par leur comportement et les relations hommes/dieux sont, en quelque sorte, familiales.

Autrefois, il n’était pas rare qu’un Scandinave punisse le dieu qui l’avait trahi en lui retirant (pour un temps) son adoration et ses offrandes. C’est d’ailleurs ce trait de caractère qui rendit l’implantation de la religion chrétienne si délicate dans ces contrées : au moindre revers, Jésus était mis au coin au profit des Æsir et des Vanir.

La religion Ásatrúar, depuis son origine, ne comporte aucune liste de comportements à proscrire. La recherche d’un compromis entre la liberté et la responsabilité est en revanche un thème central dans la littérature légendaire, mystique et historique de cette religion. Littérature que les membres des associations Ásatrúar sont tenus d’étudier sérieusement. Certains comportements condamnés dans d’autres religions (comme la fierté) sont considérés comme des qualités, à condition qu’ils soient correctement exprimés. Il n’est jamais question de « rédemption », de « sauvegarde », ni même de « perfection » dans l’Ásatrú. Il est à noter que ce culte n’est pas prosélyte.

L’éthique de ces différents groupes est inspirée de la morale issue de certaines œuvres littéraires de la Scandinavie médiévale telles que l’Edda poétique (et particulièrement les Hávamál et les Sigrdrífumál) et aussi des sagas islandaises. Ce code moral se décline en neuf nobles « vertus » :

  • La force est préférable à la faiblesse ;
  • Le courage est préférable à la couardise ;
  • La jouissance est préférable à la culpabilité ;
  • L’honneur est préférable à la honte ;
  • La liberté est préférable à l’asservissement ;
  • La parenté est préférable à l’aliénation ;
  • Le pragmatisme est préférable au dogmatisme ;
  • La vigueur est préférable à la paresse ;
  • L’ascendance est préférable à l’universalisme.

Il convient toutefois de préciser que, quoique fort répandu chez les Ásatrúar du monde entier, aucun code d’éthique précis ne fait l’unanimité chez les pratiquants. D’autant plus que l’observance d’un code de conduite constitue un concept relativement récent,

En France, l’Ásatrú ne tient pas compte de l’origine des individus : chacun peut se réclamer de l’Ásatrú, quelle que soit son origine ethnique, tant qu’il a la foi. D’autres estiment que l’Ásatrú est la religion naturelle des Scandinaves, des Germains et des Anglo-Saxons : il n’y aurait donc aucune raison que d’autres peuples puissent se réclamer de l’Ásatrú.

L’importance de la bière

tumblr_lamr8pkLmP1qer9b0o1_400La bière est la boisson obligée de toutes les festivités et son pouvoir et sa valeur sacrée ne font pas de doute. De plus, on mentionne qu’on doit porter un toast avant de boire et que lors de ces soirées, il n’était pas question de ne pas s’enivrer.

Les libations rituelles faisaient partie de toutes les festivités du monde scandinave. Selon un rituel précis, on consomme cette bière spécialement brassée. Dans la saga d’Egill, fils de Grímr le Chauve, on spécifie que la boisson la plus prisée reste le mungát, une bière forte à laquelle on a ajouté du miel. Cette même saga mentionne qu’on doit faire circuler dans la salle une corne à boire en prenant chacun une gorgée. Cette opération se nomme sveitardrykkja, c’est-à-dire « une gorgée à tour de rôle ». On s’assoit souvent deux par deux selon un tirage au sort, puisqu’on faisait confiance par-dessus tout aux arrêts du destin. Il est convenu qu’on s’assoie en couple, souvent homme et femme. Chacun doit vider la moitié de sa corne et si quelqu’un manque à boire sa ration, il peut en résulter de chaudes disputes. Si quelqu’un veut davantage prouver sa valeur, il peut, s’il le désire, boire la corne au grand complet.

La saga de « Glúmr le Meurtrier » détaille les différentes façons de boire la bière. Tout d’abord, il faut se servir d’une corne généralement ornée. On passait cette dite corne de l’un à l’autre ou bien en zigzagant entre les bancs se faisant face. Le maître de la maison prononce des paroles sacrées sur la corne avant de la faire circuler. D’après cette saga, il existe trois façons de boire : « sveitardrykkja » (boire une seule gorgée à tour de rôle), « tvímenningr » (boire en couple chacun une moitié de corne) et « einmenningr » (boire seul la corne en entier) .

La grande histoire

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Après avoir eu peu, voire pas, de pratiquants durant des siècles, l’Ásatrú réapparut sous une forme organisée quoique rudimentaire, sous l’impulsion des romantiques tels qu’Erik Gustaf Geijer (1783-1847) et la société littéraire Götiska Förbundet, en Suède. Le mot Ásatrú a été utilisé pour la première fois dans un opéra inachevé du compositeur norvégien Edvard Grieg, en 1870 et dans un article du périodique islandais Fjallkonan, en 1885. Par la suite, des groupes organisés apparurent en Allemagne au début du XXe siècle.

La seconde renaissance de l’Ásatrú débuta à la fin des années soixante et au début des années soixante-dix. En 1973, le gouvernement islandais reconnaît l’Ásatrú comme une religion d’État officielle. Dans le même temps, aux États-Unis, Stephen McNallen, un officier de l’armée de Terre américaine, lança l’édition d’un journal intitulé The Runestone et créa The Ásatrú Free Assembly, renommée par la suite Ásatrú Folk Assembly.

De nos jours, on peut trouver des pratiquants de l’Ásatrú à travers le monde entier mais principalement en Scandinavie, en Europe de l’Ouest, aux États-Unis, au Canada en Australie et en Nouvelle-Zélande. Il n’existe en revanche pas d’estimation fiable du nombre exact de fidèles. Selon l’organisation américaine Irminsul aettir, on dénombrerait officiellement 5 500 Ásatrúar déclarés dans le monde entier. Selon le blog The Norse Mythology Blog, 10 913 personnes se déclareraient « heathen » dans le monde, en date du 26 novembre 2013.

Fonctionnement

southern_asatru_t_shirt-ra78a69a077e241499d032200c1db37a1_va6pe_512Les Ásatrúar se réunissent en petits groupes nommés en anglais « kindred » (parenté). Dans un sens plus large, le mot « hearth » (foyer) peut aussi être utilisé pour désigner ces groupes. Le dénominateur commun de ces groupes demeure avant tout la reconnaissance d’un ancêtre commun.

Si on se fie aux principaux groupes aux États-Unis et en Scandinavie, les kindreds constituent en général des organisations démocratiques, inspirées des Þing datant de l’époque des Vikings. Ils sont également en faveur de la liberté d’expression, en s’inspirant directement de la Déclaration universelle des droits de l’Homme notamment, restant ainsi fidèles aux valeurs véhiculées dans les sagas. Les kindreds ne sont pas gérés par une autorité centrale suprême et aucun dogme ne vient restreindre leur liberté.

Aujourd’hui, les Ásatrúar se rencontrent souvent sur Internet, par l’entremise de forums de discussion, pour organiser des rencontres et des cérémonies.

Les Ásatrúar et les kindreds peuvent, s’ils le désirent, faire partie d’organisations à l’échelle nationale ou internationale, principalement implantées aux États-Unis et en Europe.

En voici une liste non exhaustive :

  • American Vinland Association (basée à San Francisco, en Californie)
  • Asatru Alliance (basée dans la ville de Payson, en Arizona)
  • Ásatrúarfélagið (basée à Reykjavik, en Islande)
  • Åsatrufellesskapet Bifrost (basée à Lysaker, en Norvège)
  • Asatru Folk Assembly (basée à Nevada City, en Californie)
  • Confederation of Independent Asatru Kindreds (basée à Adamsville, en Alabama)
  • Sveriges Asatrosamfund (basée à Stockholm, en Suède)
  • The Troth (basée à Berkeley, en Californie)
  • Comunidad Odinista de España – Ásatrú (basée en Albacete, Espagne)
  • Forn Siðr Blótsfélag Sjánghais (basée en Chine)
  • Les Enfants d’Yggdrasil (basée en France)

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