42 : une réponse étonnamment précise de Douglas Adams à la Vie, l’Univers et le Reste.

Dans le premier tome de sa pentalogie « le guide du voyageur intergalactique » commencée en 1978 sous forme radiophonique, le personnage d’Arthur, un simple terrien voyageant de planète en planète découvre que le nombre quarante-deux est la réponse à la question ultime du sens de la vie. Une réponse donnée d’une façon sentencieuse et définitive par un super-ordinateur après un calcul de plusieurs millions d’années. Douglas Adams, qui se définissait lui-même comme un «athée radical» a écrit pour Doctor Who ou bien les Monty Python. Une influence qui se ressent dans son oeuvre où des héros se baladent en peignoir et des fonctionnaires de la direction de l’équipement intergalactique pulvérisent la terre juste parce que c’était juste leur boulot.

Adams, qui est décédé il y a 10 ans, venait de lancer avec ce 42 une drôlerie dans la communauté des amateurs de science fiction. C’est devenu une réponse à une question difficile ou ennuyeuse, un nombre préféré, le choix d’un numéro de loto ou d’une chambre d’hôtel. Des artistes amateurs de H2G2 : The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy, ont aussi contribué à ce phénomène : qu’il s’agisse de Pink Floyd qui l’invita sur scène pour son quarante-deuxième anniversaire, ou bien du clin d’œil des artistes de Pixar. En effet dans « Le Monde de Nemo », le dentiste massacre ses clients au 42, Wallaby Street. Une popularité qui s’étend aussi aux milieux scientifique et de l’industrie informatique, le siège de Google et le grand collisionneur de particules au CERN ont des complexes de bureaux qui portent le nombre 42. Le clin d’œil fonctionne depuis plus de 30 ans et l’élan semble plus fort que jamais.

«Plus on prête attention aux coïncidences, plus elles se produisent.» disait Nabokov, c’est ainsi qu’à chacune de ses apparitions dans des travaux scientifiques, il faisait l’objet d’une attention particulière. Il a par exemple fait son entrée dans l’histoire de l’hypothèse de Riemann, un des Graals des mathématiciens, en étant le troisième nombre de la suite des moments de la fonction zêta de Riemann.

Le monde scientifique a ainsi remarqué, entre autres :

  • Que La Terre est de 42 ordres de grandeur (basé sur les puissances de dix) plus grande que la longueur de Planck, au cas où vous ne savez pas ce que c’est, il est la plus petite longueur que les humains ont pu mesurer, tout en dessous de la longueur de Planck est impossible à mesurer, la relativité cessant d’être la règle. la longueur de Planck est de 1 x 10 ^-35m.
  • Que La chambre dans la pyramide de Khéops est exactement 42 mètres au-dessus du sol.
  • Que si vous avez percé un trou à travers la Terre d’un point à un autre, et que le trou était sans friction, il faudrait 42 minutes avec gravité pour vous déplacer de votre côté du tunnel à l’autre.
  • Que la partie entière de la racine carrée de la masse du proton divisé par la masse d’électrons donne 42.

Douglas Adams garda le secret de la question du «pourquoi 42?» jusque dans sa tombe et plusieurs théories circulent. Des lecteurs remarquèrent qu’un calcul dans H2G2 : 6 × 9 = 42 est exact si le calculs est effectué en base 13 plutôt qu’en base 10. Douglas Adams répondit : « Personne n’écrit de blagues en base 13. Je suis peut-être une personne plutôt triste, mais je ne fais pas de blagues en base 13. » On a aussi dit qu’il était une obscure référence au nombre traditionnel des souverains du Tibet.

Mais l’hypothèse la plus vraisemblable est qu’il s’agissait d’un hommage à Charles Lutwidge Dodgson, également connu sous le nom de Lewis Carroll, auteur d’ Alice au pays des merveilles, mais aussi mathématicien à Oxford durant la deuxième moitié du 19eme siècle, qui semble lui aussi avoir eu une obsession avec le nombre 42. Il est présent à de nombreuses reprises dans ses livres et la réponse à quelques puzzles étranges. A l’énigme de l’âge, on a fait le calcul que la Reine Rouge avait très exactement 37.044 jours, le même âge que la Reine Blanche, la somme des deux faisant 74 088 jours, chiffre égal à 42 puissance 3. Aussi le Roi déclare : «Règle quarante-deux : toutes les personnes de plus d’un mètre de haut doivent quitter le tribunal. ». Ce nombre refait surface à de nombreuses reprises dans l’œuvre de Caroll, dans La Chasse au Snarck, le castor arrive avec «quarante-deux boîtes, toutes bien emballés /Son nom peint sur chacune ». Quel sens pouvons-nous trouver dans la vie de Lewis Carroll? Une grande partie des œuvres sur Carroll met l’accent sur le biographique.

Le nouveau livre Jenny Woolf, The Mystery of Lewis Carroll, colle à cette tradition. Son objectif est de trouver l’ «homme véritable» derrière les feintes littéraires, les coup d’éclat et les photographies mystérieuses qu’il a pu laisser derrière lui. Les détails biographiques sont invoqués pour expliquer les choix créatifs. Woolf  explique qu’il a recours à des modèles numériques afin d’imposer une signification plus profonde à la gratuité apparente de la vie. Mais au bout de plusieurs pages d’explications numérique, nous n’apprenons toujours pas pourquoi ce 42 l’obsédait…

Mais peut-être n’en est-il rien et que le choix d’Adams fut beaucoup moins mystérieux, souvenons-nous de la réplique de l’ordinateur Deep Thought, juste avant de donner la réponse au sens de la vie : « You’re really not going to like it! »

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