Comme chacun sait, nous sommes tous d’impénitents égoïstes autocentrés. Dans ce sens, certains d’entre nous n’hésitent pas à se rendre fréquemment chez un professionnel, un psy, qu’ils paient pour qu’il les écoute parler d’eux, et d’eux uniquement – d’autres rémunéreront des animaux, pourquoi pas, mais c’est une autre histoire.

Ainsi, votre psy s’occupe de vous. Mais, vous occupez-vous de lui ? Bien sûr, il ne vous paiera pas pour que vous le fassiez, mais est-ce une raison suffisante de ne pas s’inquiéter de son bonheur ? Le Tryangle répond par la négative et vous apprend quelques trucs pour savoir comment va votre psy.

Observez-le

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Tout d’abord, le Tryangle vous propose une idée qui allie la discrétion à l’utilité et qui vous séduira si vous êtes un bienveillant timide : observez votre psy.

Au préalable, sachez qu’un psy en bonne santé :
– se déplace lentement : cela est la preuve qu’il est concentré, voire un peu drogué, au contact, tout au moins, de son essence humaine ;
– fume ordinairement la pipe (respirez-le pour en avoir le cœur net) : la pipe lui permet d’observer les règles de suffisance nécessaires à sa profession – si votre psy est une femme, vérifiez qu’elle fume des cigarillos (respirez-la) ;
– s’habille de manière excentrique, généralement avec des matières polaires ou de velours (les patchworks sont un signe d’excellente santé), des couleurs sombres (vert émeraude ou rouge bordeaux) et des formes rondes (observez bien le bout de ses bottillons) : cela signifie qu’il s’est libéré du jugement des autres – attention toute de même, s’il porte un entonnoir sur sa tête, cela peut indiquer qu’il est fou.

Par ailleurs, observez les murs de son cabinet : sont-ils bien décorés par des masques africains, peintures abstraites ou dessins d’enfants ? Ouvrez l’œil (non, les deux : votre psy pourrait se méprendre).

Endormez-le

Ensuite, le Tryangle suggère, pour les plus manipulateurs d’entre vous, que vous endormiez votre psy. En effet, à l’instar du Bradypus variegatus (ou Paresseux), un psy est une espèce encline à l’endormissement, comme en attestent ses bâillements que l’on peut parfois apercevoir lorsque le ciel est bien dégagé ou si votre vie est particulièrement ennuyeuse. Dès lors, si votre psy baille, inutile de vous vexer : exploitez-le.

Après avoir veillé à raconter une histoire longue et sans intérêt, sur un ton monocorde et plaintif, tout en regardant le sol, la technique adéquate consiste à repérer celui des bâillements qui sera le précurseur de l’endormissement. Il s’agit du 6e généralement, celui qu’on ne cherche plus à cacher. A compter de ce bâillement, placez le mot ‘couette’ plusieurs fois dans votre récit, de façon à générer un message subliminal de confort et de torpeur ; parlez ensuite de façon indistincte afin de créer une ambiance onirique et entonnez une petite comptine (Une chanson douce, de préférence).

Si votre psy est endormi, c’est que vous avez réussi. S’il continue de vous regarder en prenant des notes, le risque existe que vous passiez quelques jours à l’hôpital Saint-Anne. Mais si votre psy s‘est endormi – joie – attendez qu’il parle dans son sommeil et vous révèle ses secrets. N’hésitez pas à fouiller ses effets personnels, lire ses SMS ou fouiner dans ses tiroirs, surtout si votre psy n’est pas un bavard nocturne.

Contrez-le

Enfin, le Tryangle vous révèle la technique la plus efficace consistant à analyser votre psy, le but ultime étant de le faire pleurer (comme l’enfant qu’il était lorsque son père/mère l’a violenté/humilié).

Vous l’aurez compris, cette technique concerne les plus avertis d’entre vous, bénéficiant d’une expérience significative dans le domaine, étant donné la grande résistance que les analystes mettent en oeuvre contre les attaques extérieures.

Au préalable, il est indispensable que vous observiez les règles de comportements que nous avons énoncées en amont : mouvements lents, cigare (ou cigarillo), vêtements excentriques. Vous pouvez également avoir à cœur de ne faire qu’un avec le papier peint, permettant ainsi au psy de se sentir plus en confiance. Enfin, de sorte à éviter tout zèle de personnalité, réglez vos conflits intérieurs avant toute tentative.

La technique est la suivante : lorsque votre psy vous gratifie du légendaire « hum, hum » empathique que ses 10 années d’études lui ont permis de prononcer à merveille, contrez-le. Vous aussi, lancez-vous dans un « hum, hum ? » interrogatif. Le psy n’aura d’autre choix que d’échanger avec vous une série de « hum « et de contre « hum » dans un combat qui, le Tryangle ne vous le cache pas, peut s’avérer d’une violence inouïe. Ne craquez pas. Le moment venu, votre psy prendra enfin la parole et précisera sa question ou son intuition sur vous. Reprenez alors son affirmation sur le mode de la question : « Pourquoi pensez-vous cela ? ». Ne vous arrêtez pas. Renvoyez-lui ses questions jusqu’au moment où le psychiatre sera contraint de vous répondre sur son compte.

Poursuivez deux ou trois ans jusqu’à parvenir à identifier le traumatisme infantile.

Co-écrit avec Théodore Brutal : Illustration par Théodore Brutal.

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