A l’âge de 60 ans, Martin Manley, un commentateur sportif américain, s’est suicidé. Pourquoi ? Comment ? Tout est expliqué, en détails, sur son site internet d’adieu. Mystérieusement intitulé Zeroshare.info, le site regorge d’informations et permet d’en savoir plus sur cette semi-célébrité locale qui bénéficiait aux Etats-Unis, d’une certaine notoriété, notamment pour avoir popularisé les critères d’évaluation des joueurs de baskets de la NBA.

Les questions sont nombreuses sur ce suicide. Des questions classiques, bien sûr, mais d’aussi des interrogations d’un genre nouveau que pose cette version HTML de la lettre du suicidé. Traditionnellement, la-dite missive est réservée aux proches et, même si les suicides publics se sont multipliés depuis quelques années, il y a quelque chose d’incroyable dans cette démarche transparente et froide qu’est Zeroshare.info.

Méticuleux, analytique, Martin Manley décrit son geste dans les moindres détails et revient sur sa vie qu’il juge « plutôt réussi ». En bon commentateur sportif ?

LE SUICIDE, UN GESTE TECHNIQUE

A lire les explications de Martin Manley, c’est la peur de la vieillesse qui a déterminé son geste, ainsi que la volonté de contrôler la façon dont il a quitté la terre. Pour lui, le mot « suicide » n’est pas tout à fait approprié. Il dit qu’on « commence la vie » et que, de la même façon, on doit un jour commencer « la mort ».

Une section est consacrée à la méthode choisie par Martin, dans laquelle il fait part de ses nombreuses hésitations. Le facteur le plus important pour lui ? Ne pas souffrir et, surtout, ne pas se rater. En effet, il ne voudrait surtout pas que les autres lettres et les colis qu’il a envoyé à ses proches leurs parviennent alors qu’il est encore en vie :

Nobody wants to suffer during the process – at least I didn’t. Hanging sucks. Jumping out of a window sucks. Drowning and burning and freezing are even worse. There are 50 ways to die, but very few which are painless, quick and certain. In my case, I had everything worked out exactly as I wanted it based upon the calendar. I couldn’t take any chances that something would go wrong. Suppose I sent out a couple dozen personalized letters via Fed Ex overnight on August 14th and then I screw up. “False Alarm… Just Kidding! » That doesn’t cut it in my orderly world! When push came to shove, there really was only one way to go and that was via a firearm. It’s about as certain to work as you can get. Nobody else needs to be involved. It’s immediate, it’s painless and you can control where you do it.

Ensuite, Martin détaille les mesures prises pour éviter de « salir sa maison » et pour éviter que « sa sœur ou sa femme de ménage » n’aient à nettoyer le « bordel qu’il aurait mis dans son salon« . Il a donc réfléchi à un endroit précis pour se tuer : dans un parking, non loin de la préfecture de police, ce qui lui permet d’affirmer que « aux alentours de 5 heures du matin« , il appellerait la police pour prévenir qu’un suicide allait avoir lieu à cet endroit précis. Et puis après, « Bang« , écrit-il. Le degré de soin pris par Stanley est extraordinaire :

I committed suicide of my own free will. I am not under the influence of any drugs. I am sorry for your inconvenience! You will be contacted within a matter of hours by my sister. She will find out about this by an overnight letter and/or email I sent to her which she will get this morning. In it, I explain the exact location where I shot myself and gave her your phone number. At that time, she will tell you who I am. If you discover who I am prior to her call, please do not contact her. I do not want her (or anyone else I sent letters to overnight) to find out about it from you. I want them to find out about it from me. Thank you!

LA MORT, LE BUZZ

Curieusement, le désir de mourir de Stanley réside aussi dans sa volonté d’avoir un contrôle total sur son image. Si la mort est le début de quelque chose, comme nous le disions plus haut, serait-ce le début de la gloire ? Il semble désirer une certaine forme de célébrité renouvelé, et l’on peut dire que c’est réussi. Ci-dessus, une idée du nombre de requêtes passées à son nom sur Google Insight. Une véritable explosion…

Au fil des pages de son site funéraire, Stanley semble obsédé à l’idée qu’on parle de lui, de sa mort certes, mais aussi de sa vie. Son site se divise en deux parties, comme il le dit lui-même : la mort, la vie. Sur sa vie, on peut découvrir ses travaux de fictions, son histoire, sa famille, sa foi ou encore son avis sur le 11 septembre. Il se réjouit à l’idée qu’on parle de lui après sa mort.

Le suicide de Martin Manley choque d’autant plus qu’il apparaît comme un acte froidement réfléchi, où chaque élément technique, chaque conséquence aura été pesée, le tout dans le but narcissique d’attirer à soi une attention qu’on ne peut pas supporter de ne plus avoir.

Internet, nouvel espace pour les immolations publiques ? Manley explique qu’il ne pourrait pas supporter la solitude de la vieillesse, n’ayant pas fondé de famille et n’ayant plus que sa sœur. Sur le web, il trouve un public qui n’a pas manqué de relayer fiévreusement son nom. Le buzz est allé si loin, que les internautes sont allé jusqu’à lire dans une de ses remarques, la possibilité d’un trésor caché. Résultat ? Une chasse au trésor, finalement infructueuse, a eu lieu…

Martin Manley refusait la solitude de la vieillesse, et c’est le refuge d’internet qu’il a plébiscité, faisant du blog Zeroshare.info une page de publicité pour sa vie. Un mausolée HTML.

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