Slenderman : comment un monstre peut-il devenir réel?

Et si la création d’un monstre « pour de rire » sur internet l’avait invoquée dans notre réalité ? Suite à la tentative d’assassinat perpétrée par 2 jeunes filles du Wisconsin qui ont prétendu vouloir invoquer Slenderman, le Tryangle s’interroge : le Slenderman existe-t-il vraiment ?

Selon Ian Cat Vincent, pour comprendre ce qui a pu faire naître Slenderman dans notre réalité, il faut en remonter au phénomène Tibétain des Tulpas. Ce texte aborde des questions de magie, le lecteur doit donc y prêter un oeil attentif.

Traduit de l’anglais par Malo Sutra Fish et Quentin

Le concept de Tulpa, le mot lui-même, vient de la magie Tibetaine ancienne. La traduction la plus commune de ce mot est « la pensée-forme ».

Le système magique Tibétain est un patchwork complexe – syncrétisme d’aspects du Bouddhisme, du Taoisme et de la tradition Pré-Bouddhique des Chaman de Bön. Ce mélange est inégal selon les zones géographiques – certaines zone de la région Himalayenne donnèrent naissance à la majorité de pratiques Bön, tandis que d’autres n’évoquaient que du bout des lèvres les traditions Bouddhiques qui pourtant entretennaient des similarités avec leurs propres cultures – un peu comme un pratiquant du Vaudou qui ne rate jamais la messe catholique le dimanche. Résultat, certaines pratiques étaient communes à certaines endroits, inconnus à d’autres et certains Bouddhistes rejetaient les Tulpas comme « simple superstitition »… mais l’idée resta présente dans le folklore.

alexandra-david-neel-primeirahoradamanha-blogspot-640x480

Les premières manifestations du concept de Tulpa dans l’Ouest vinrent d’un ouvrage écrit dans les années ‘40s par l’explorateur et converti au Bouddhisme, Alexandra David-Neel. David-Neel était une femme remarquable. Une exploratrice déterminée de la terre et de la culture. Elle a voyagé dans dans l’Orient lointain (parfois avec son fils dans une petite charrette derrière elle), finissant par vivre dans une région du Népal-Tibet, se formant à la forme tibétaine du Bouddhisme et atteignant le rang de Lama – l’une des rares femmes à y parvenir, et certainement la seule occidentale. Dans son ouvrage Magie et Mystère du Tibet, elle décrit sa propre expérience du concept de Tulpa  – et son succès dans la création de l’une d’elle.

Tulpas_lamaAussi intéressés soyons nous par toutes les réussites étranges des adeptes tibétains de la magie secrète, la création d’une « pensée-forme » est la plus extraordinaire. Comme je l’ai dit, certaines apparitions ont été créé à dessein lors d’un long processus… et dans le cas d’adeptes entrainés, de façon instantanée ou quasi-instantanée. Dans d’autres cas, l’auteur du phénomène le génère inconsciemment, et n’est pas le moins du monde au courant des apparitions générées et qui sont vues par d’autres. Cependant, cette pratique est considérée comme dangereuse pour quiconque n’a pas atteint un haut niveau d’élévation mentale et spirituelle et qui n’est pas au courant des forces en action autour d’elle. Car, une fois que la Tulpa a été endossée avec suffisamment de vitalité pour être capable de jouer un rôle de créature réelle, elle tend à se libérer du contrôle de son créateur. Cela, dit l’occultiste tibétain, arrive presque systématiquement un peu comme avec un enfant qui, lorsque son corps est prêt, quitte le ventre de sa mère. Parfois, le fantôme devient un enfant rebelle et l’on entend parfois des contes sur le duel que se livrent des magiciens et leurs créatures, menant parfois à la mort des créateurs. Les magiciens tibétains racontent aussi des cas où les Tulpas doivent accomplir une mission, mais ne reviennent jamais après l’avoir accomplie et continuent à vivre dans notre réalité comme des poupées sans maître. Une chose similaire arrive si le créateur du Tulpa meurt avant de l’avoir détruite, sauf si la survie de la Tulpa est volontaire pour le magicien.

Fasciné par les tulpas, David-Neel décida de faire l’expérience d’en créer un à son tour. Elle décida de fonder sa tulpa sur une imagerie différente de celle qui l’entourait en créant un moine chrétien, une sorte de frère Tuck :

6525616_f496Je me suis isolée pour une méditation tsam (enfermement dans la méditation) et ai réalisé les rites de pensées nécessaires. Après quelques mois, le moine fantôme avait pris forme. Sa forme s’est lentement fixée avec précision, et il a pris vie. Il est devenu une sorte d’invité, vivant dans mon appartement. J’ai ensuite brisé mon isolement et suis sorti faire un tour avec ma troupe. Le Moine m’a suivi. Bien que je vive en extérieur, passant mes journées à cheval et faisant des kilomètres chaque jour, l’illusion a persisté. Je voyais le gros Tulpa, la plupart du temps, il ne m’était même pas nécessaire de penser à lui pour le faire apparaître. Le Moine effectuait naturellement les actions que font les voyageurs, sans que je l’y ai invité […] L’apparence que j’avais imaginé pour lui changea progressivement, le moine petit et gros devint plus maigre, plus grand, et son visage se chargea d’intelligence, son sourire, de simple, devint malin et moqueur. Il devint moins obéissant et, finalement, échappa à mon contrôle. Une fois, un fermier l’aperçu et le prit pour un Lama vivant. […] Je décidais de dissoudre le fantôme mais cela pris par moins de six mois de lutte intense.

Par la suite, les Tulpa ont été intégrés aux théorie modernes de la magie, notamment via la magie du chaos – le caractère moutonnier des praticiens de ce type de magie fait que peu de pratiques occultes restent aujourd’hui non-documentées. Et cette possibilité de faire se manifester le fruit de son imagination dans la réalité résonne fortement avec leur conception des Serviteurs et des Egrégores ( « un esprit de groupe, une entité psychique autonome ou une force produite et influencée par les désirs et émotions de plusieurs individus unis dans un but commun » ), et avec la transmission par imitation d’idées occultes et mêmes de pouvoirs. Ainsi, la possibilité d’invoquer un Tulpa est relativement connue des praticiens de la magie moderne – ce qui pourrait peut-être… avoir influencé la création moderne du mythe de Slenderman.

Slendy

Le premier indice qui démontre peut-être que «Slendy » est une forme de Tulpa, c’est que très tôt, cette idée est soulignée sur les posts du blog somethingaweful.com où Slenderman est apparu pour la première fois. En effet, au tout départ, Slenderman n’est qu’une simple création graphique réalisée pour un concours de retouches photos (sa naissance vous est expliqué dans une première partie de l’article de Ian Cat Vincent, que vous pouvez trouver ici ).

Ce propos se trouvait dans le post d’un forumeur appelé « I » : « Slenderman existe car vous pensez à lui. Maintenant essayer de ne plus jamais penser à lui ». Cependant, la première référence directe aux Tulpas arriva le 20 juillet 2009 – seulement dix jours après le post fondateur de Victor Surge où l’on voyait la créature pour la première. Voici comment l’utilisateur « Soakie » en parle :

Est-ce-que quelqu’un s’est posé la question de savoir si nous n’étions pas en train de créer un Tulpa ? C’est une pensée qui se matérialise à travers l’effort d’un groupe de gens. On serait peut-être en train de créer le Slenderman, le rendre réel. La Toronto Society for Psychical Research a fait cela avec une entité appelé Philip dans les année 70. Un livre est écrit à ce sujet, « Conjuring Up Philip » (Invoquer Philip). « Il » était un personnage de fiction créé par le groupe. C’était bien marrant jusqu’ à ce que Philip commence à se créer une personnalité propre. « Philip » devint réel, autant que l’on puisse nommé réel un phénomène paranormal. Donc lisez ceci avec attention:  combien de temps avant que Slenderman prenne la même forme dans tous nos esprits ? Quand sera-t-il donné un mode opérationnel précis ? Est ce que les superstitions secrètes des cœurs des forumeurs de Something Awful peuvent donner à Slender Man une existence indépendante ? Pensez-y, une centaine ou peut être même un millier de forumeurs, tous en train de regarder des images et de fantasmer des histoires autour d’un seul et même monstre. Même moi, je scrute l’ombre… imaginant comment elle peut prendre la forme de Slenderman, soudain, comme sur toutes ces photos. « Slendy » tire sur tellement de ficelles primaires : la fausseté de son aspect, les cheveux qui se hissent sur la nuque, le subconscient qui crie « NON NON NON » dans notre imaginaire. Il ressort les monstres des encoignures de nos esprits modernes. Il est le parfait fantôme, appuyant sur tous les bons boutons de l’effroi. Même si l’on ne croit pas au surnaturel, même si nos raisons rient d’une telle absurdité… nous sommes tous en train de participer à un collage monstrueux sur le réel, chacun découpant son petit morceau et l’accolant au mythe. On le remplit de cauchemars et de peurs non dites. Et que se passera-t-il quand les photos ne seront plus des créations Photoshop ?

A ce moment, Slenderman en tant que Tulpa devient effectivement canonique. Cela soulève une intéressante, voire préoccupante possibilité : même si Slenderman a commencé par être une créature inventée, va-t-il en resté ainsi ? En le nommant comme un Tulpa, ne lui en a pas donné formellement les pouvoirs d’en être un ?

tumblr_lzszkoV2Cm1rq2k7zo1_500Le problème d’une éventuelle réponse décisive en est le point essentiel de la nature d’une telle bête.  Le mème Slenderman se répand rapidement sur internet. En ce moment même il existe des dizaines de séries de vidéos, dizaines de blogs perso racontant des histoires en séries incorporant le mythos ; des centaines voire des milliers de créateurs enthousiastes suivant le phénomène avidement. Des articles de presse commencent à paraître. D’autres médias entreprennent une attention particulière à l’histoire de Slenderman – le populaire jeu Minecraft, par exemple, vient de créer un personnage s’appelant Enderman, explicitement inspiré de Slenderman. Des bloggers appréciés du net et d’autres utilisateurs de Twitter font souvent référence à Slenderman. Il devient évident que Slenderman est viral sur la toile. Et le virus se propage, ainsi que les symptômes…

Sur internet personne ne sait si tu es réel. Ou un Tulpa. Et si assez de personnes décrivent quelque chose comme une forme pensée… cette imagination collective pourrait-elle se manifester ?

Et si cette forme se manifeste – cette puissance, terrifiante, qui ne peut être tuée et qui est nommée Slenderman – comment la combattre ?

Pour en savoir plus sur l’origine de Slenderman, lisez la première partie de l’article de Ian Cat Vincent.

Pour lire l’article complet en version originale, rendez-vous ici.

5 commentaires

    1. I notice the artsy ones are $1.50 versus only $1.25 or even 95 cents for the more overt sleaze. You pays for quality! But obviously there were some talented people behind this operation. The flying saucer book must have been one of those mohnnigotilg science fiction authors who worked for Greenleaf.

  1. moi je ne veux par célébré ni riche par ce que la richesse ce trouve en soit même et la célébrité ce trouve dans nos tête et notre fois par ce que chacun de nous a ca fois juste le servie

  2. Les deux précédent commentaire, c’est de l’anglais mal traduit ou bien…deux personnes qui ignore le parler Français ?!
    Bref Slenderman est complexe, je trouve l’histoire passionnante.
    Je n’y croit pas, mais je ne rejette pas non plus sont existence. Disons que je ne vais pas lui vouer un culte ou faire des sacrifice en sont honneur…ou alors des sacrifices de cookies :3 à 16h30 pour la goûter.

    « hoo, toi slenderman, accepte en guise de présent, c’est délicieux cookies que je vais manger pour toi »….mouai x)
    Bref, il existe en chacun de nous, à partir du moment ou nous prononçons sont nom, ou nous commençons à douter de la crédibilité de l’histoire….que l’on y croit ou non.

    D’une manière ou d’une autre nous y pensons, donc nous lui permettons de vivre…
    Je préfèrerait tout de même croiser un petit poney demain en me levant…^^ » à part me demander une pomme il risque pas de me faire grand chose…par contre si c’est Slenderman..là j’ai des doutes sur ce qu’il pourrait me faire.

    Quoi que peut être qu’il aime les pancakes ?! On ne sait pas… ^^ »
    Si on peut blâmer les creepypasta ?! Je ne pense pas.

    Les deux petites filles on laisser leurs imagination prendre le dessus.
    Sa arrive à tout le monde, mais bon de là…à aller jusqu’à poignarder quelqu’un…

    Personnellement, depuis plusieurs films…dont je n’aurait pas besoin de dire les titre.
    J’ai une trouille pas possible des escaliers, des miroirs, de l’eau, de la forêt, de la plage, des vieilles maison, des vieux livres…et accessoirement de ma télé :’)
    Sa ne va pas m’empêcher pour autant de continuer à les apprécier….(on doit tous être un peut sado maso sur les bord).

    Même si j’entend un bruit suspect venant d’une autre pièce (sensé être vide) ma curiosité, plus que ma peur, va prendre le dessue et je vais aller vérifier…pour au final constater que c’est le chat x)

    Tout ça pour dire, qu’il ne faut pas arrêté de créer se genre « d’art ».
    Et qu’il ne faut pas croire tout est n’importe quoi. Même si c’est dure, il faut se forcer à faire la différence entre le vrai du fau…le réel du rêve…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*