Aujourd’hui, les spectateurs français vont pouvoir découvrir le nouveau Superman, sobrement intitulé Man of Steel. Original, ce titre brouille dès le départ l’identité du légendaire héros qui en perd son slip rouge mais y gagne peut-être… une barbe christique ?

En effet, Warner Bros a payé un théologien de l’université de Pepperdine, Craig Detweiler, pour préparer une proposition de sermon de neuf pages à destination des prêtres chrétiens. L’idée ? Les convaincre que, contrairement au démoniaque Harry Potter, ce héros-là est un bon catholique. Mieux : les convaincre que Man of Steel est un film sur Jésus, « The original Superhero ».

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Ce marketing théologique n’est pas inédit, des campagnes similaires ont, en effet, été expérimentées sur des films comme « Les Misérables« , « Soul Surfer » et « The Blind Side ». mais aussi le très religieux The Book of Eli, don’t Detweiler avait déjà écrit la « sermon notes »

Trop souvent, les communautés religieuses se définissent par ce à quoi elles s’opposent. Avec un film comme Man of Steel, c’est une chance exceptionnel d’affirmer la foi, le sens du sacrifice et du dévouement ».

Alors, en quoi le nouveau Superman est-il l’histoire de Jésus ? Le Tryangle, qui s’est procuré la fameuse « sermon notes », vous répond.

Jesus, the original american hero

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Jesus était-il un « bon américain » ? En tout cas, Clark Kent, oui. Et le sermon ne manque pas de souligner la foi chrétienne des parents adoptifs de Kal-El, véritable nom de Clark Kent/Superman, originaire de la planète Krypton. Pour Detweiler, Superman est un héros qui apaise les esprits en temps de crises : apparu à la suite d’une longue période de récession économique, Superman est né en 1938 et l’Amérique a « toujours besoin d’un héros tel que lui pour gagner ses combats » (et stabiliser le cours du dollar).

Tandis qu’il souligne les qualités de l’homme au slip rouge, Detweiler commence à dresser un parallèle entre deux héros mythiques:

Les origines mythiques de Superman sont ancrées dans la figure hors du temps du héros qui, en même temps, vie une existence modeste jusqu’au jour où des évènements gravissimes requièrent son intervention. Jesus a été envoyé par son père pour porter notre charge, pour réparer nos fautes…

Et Detweiler de s’interroger : « En quoi Superman peut-il nourrir notre passion pour le plus grand superhéros de tous les temps, lui qui est mort et ressuscité ? ».

Les parallèles entre les origines de Superman et celles de Jésus sont faciles à observer. Selon Detweiler, les créateurs de Superman, Jerry Siegel et Joel Shuster, ont fait appel à leurs références judaïques pour baptiser Superman : « El » est le nom hébreu de Dieu, comme dans les chants de Noël où nous chantons « Oh viens, Oh viens Emmanu-El » Ce qui signifie « Dieu avec nous ». Lorsque la planète Krypton explose, Jor-El et sa femme envoient leur bébé dans l’espace comme Moïse fut placé dans un berceau et confié à l’eau. Et Detweiler de citer des phrases de film Man of Steel pour étayer ses dires :

Mère de Kal-El : Il sera un marginal. Ils le tueront.
Jor-El : Non, il sera un dieu pour eux.

Ici, le théologien prend des gants, et précise que, bien sûr, Jésus n’est pas UN dieu, mais LE dieu. Pour autant la double-nature de Superman (Clark Kent/Superhéros) fait écho à celle de Jésus (Simple humain/dieu). Et même si « Jesus n’est pas un superhéros venu d’une autre planète » écrit-il, comme Superman, Jésus a pu vivre une vie d’homme et ressentir de la souffrance et de l’hésitation quant à cette double identité.

Clark Kent acceptera-t-il qu’il vient de Krypton ?

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Source : Mr Thirteen

Enfant, Clark ne sait pas qui il est véritablement. Son enfance et son adolescence, il les passe à déterminer sa réelle identité et l’origine de ses pouvoirs. Pour Detweiler, Clark recherche son Destin exactement comme le jeune Jésus parourant les temples et discutant avec les sages :

Jésus a, lui aussi, vécu l’essentiel de son enfance dans l’obscurité. Sa double-identité de Dieu complet ( « fully god » ) et d’homme complet ( « fully man » ) est un secret.

Detweiler fait ici référence au débat sur la nature du Christ qui a tant animé les conciles anténicéens, long débat christologique pour définir si oui, ou non, Jésus était consubstantiel à Dieu, comme le pensait Athanase, ou un « être inférieur à Dieu » comme le pensait le bientôt hérétique Arius.

Comme Jésus, Clark a été un homme comme les autres. C’est ce que pointe Bill dans le final de Kill Bill 2, Superman est unique au royaume des super-héros car ce n’est qu’en tant que héros qu’il est lui-même, et il se déguise pour être parmi nous. Comme nous, il est maladroit, énamouré, faible:

Vivant parmi les êtres humains, vivant les même expériences que nous, Jésus prend soin de vivre tout ce que nous, nous affrontons au cours de notre existence.

Pour Detweiler, c’est la preuve d’une ressemblance profonde liée à l’essence même des mythes super-héroïques et de la puissance de l’image du Christ. Preuve supplémentaire : le « S » sur le torse de Superman. Comme pour la croix, les humains l’assimilent à quelque chose qui leur est familier : une croix de bois pour Jésus, un « S » comme Superman. Mais lorsqu’on lui pose la question dans Man of Steel, Superman répond qu’il ne s’agit pas d’un « S » du tout, mais du symbole kryptonien de l’espoir : « Just like the cross ».

Superman dans les jardins de Gethsémani

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Comme Jésus, Superman doit accepter sa vraie nature pour faire face au mal : Satan, d’un côté. Le Général Zod de l’autre (sic) :

Dans Man of Steel, le GénéraL ZOD, originaire de la planète Krypton, vient sur terre pour se venger. Il pose un ultimatum : « A Kal-El, je dis ceci : rends-toi avant 24 heures, ou ce monde en subira les conséquences […] Superman doit-il faire face à cet ennemi inter-galactique ?

Detweiler souligne alors ce fait marquant de Man of Steel, et qui convaincra sûrement les prêtres de leur rôle interstellaire : « Dans sa prise de décision, Superman se tourne vers un prêtre« . Et que dit-il à Loïs Lane, après s’être rendu à Zod ? Je ne me rends pas à mon ennemi, non, (Insert: En vérité, je vous le dis) Je me livre à l’humanité en sacrifice. Excité, Detweiler exprime sa joie : « Ca ne vous rappelle quelqu’un, n’est-ce pas ? »

Le théologien compare ce moment de recueillement à celui de Jésus dans les jardins de Gethsémani, alors que Judas lui conseille la rébellion armée contre l’occupant romain. Au lieu de cela, il suit les conseils de son « père divin », Jor-El, et décide de se sacrifier. Enfin, on, pas Jor-El, je veux dire Dieu – au temps pour moi, Detweiler commence embrouiller mes trois côtés de Tryangulistes primaires. Et vous ?

En guise de conclusion, Detweiler cite le plus célèbre auteur de fantasy catholique, C.S. Lewis, dont la pensée incarne bien le rôle assumé par les mythes de la culture pop’, avec le soutien désormais actifs des « marchands du Temple » hollywoodien :

J’ai dans l’idée que les hommes ont parfois tiré plus de substances spirituelles de mythes dans lesquels ils ne croyaient pas, que de la religion qu’ils professaient.

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