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Femmes ! Imaginez un homme qui vous écoute, toujours en forme et joyeux, souriant, sachant vous défendre vaillamment et faire la vaisselle sans attendre. Un vrai bonhomme, mais sensible, et qui dit toujours « oui ». Cet homme, c’est un robot. Ou plutôt un « hubot » l’un des robots de la série SF qui cartonne en ce moment  en Suède et diffusée sur les écrans français via la chaîne Arte : « Äkta människor »  de Lars Lündstrom (« Real humans»).

Désir, répulsion, amitié, rébellion, pouvoir, marché noir, industrie du sexe, « Real Humans » a tout pour plaire. Et bien entendu, le fil rouge sera la crainte de voir les robots assujettir les hommes par esprit de revanche. Mais si derrière ce scénario classique se cachait, ou plutôt s’insinuait de façon aveuglante une autre hégémonie ? Sexuelle celle-ci… Et si les femmes rêvaient d’hommes électriques ? Chronique d’une série de SF qui cache mal un double-discours anti-mâle.

Le discours caché d’une série misandre

« Äkta Människor (« les véritables humains ») se situe dans un monde parallèle où les robots humanoïdes (Hubot) sont devenus des machines courantes dans la société. Ces Hubots sont très réalistes et sont configurés de telle sorte à remplir une large demande. S’adaptant à tous les besoins humains, de la simple tâche ménagère à des activités plus dangereuses voire illégales, la société semble en dépendre. Une partie de la population refuse alors l’intégration de ces robots tandis que les machines manifestent des signes d’indépendance et de personnalité propre. »

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Nous sont contées plusieurs aventures parallèles parmi lesquelles un groupe de hubots rebelles recherchés par les autorités, une avocate désireuse d’offrir une dignité aux hubots en appliquant les mêmes droits à ces derniers qu’aux hommes, deux femmes éprises de leur hubot domestiques et confrontées aux discriminations et aux moqueries, un jeune homme et son père luttant contre leur désir pour la gouvernante hubot, un vieil homme en proie à une hubot gérontologue agaçante, des radicaux anti-hubot qui fondent un groupe terroriste… enfin, un homme mi-homme mi-machine à la recherche de sa fiancée hubot, volée par des contrebandiers.

A priori, la parité homme/femme/hubot n’est pas à déplorer dans la présentation des personnages principaux. Cependant, lorsqu’on se penche sur le rôle des personnages, on est forcé d’admettre que les femmes sont des héroïnes et les hommes, des faibles ou des salauds. Vous nous direz, pour une fois qu’une série (ou un film SF) ne met pas en scène un héros viril et une femme en bikini Star Wars… Certes, mais est-ce cela la demi-mesure que l’on attendait ? Cette série cible t-elle un public largement féminin ou s’agit-il de mesures maladroites prises contre les clichés habituels qui en allant trop loin, finissent par renverser les stéréotypes, au lieu de les supprimer ?

Cet inversement du système (du patriarcat au règne sans compromission du néo féminisme) est-il, comme le décrirait Machiavel, une « suite naturelle et nécessaire du changement », un totalitarisme transitionnel inévitable, en quelque sorte ? L’Histoire des révolutions nous fait pencher pour cette hypothèse. La victoire d’une idéologie qui souhaite changer radicalement les valeurs et les croyances d’un peuple se mue souvent en dictature liberticide. Une révolution n’est elle pas par essence, circulaire (une rotation, un renversement) ? La Suède, laboratoire par excellence des effets de la « gender theory », nous livre à travers cette série SF, une mise en abime des conséquences de la démasculinisation du monde. Et si le sujet véritablement passionnant d’Äkta Manniskor était l’homme, avant d’être le robot ?

LES PERSONNAGES

L’avocate face à ses collègues

Une ravissante hubot est déballée de son carton, prête à servir de domestique à une famille. La mère, avocate de métier, frileuse au départ, va bientôt se métamorphoser en défenseuse de la dignité robotique. Influencée par deux amies assotées de leur hubot, elle se lance dans la première affaire juridique visant à donner des droits à ces nouveaux esclaves, n’hésitant pas à les comparer à « leurs » ancêtres noirs (que l’on prenait également pour des machines, puisqu’on les faisait travailler jusqu’à épuisement et que certains  maîtres refusaient de leur attribuer une âme). L’avocate se heurtera d’emblée au machisme de ses deux confrères, qui essaieront de lui piquer l’affaire du siècle en la reléguant à des cas insignifiants, puis elle devra se confronter à leur cupidité, puisqu’ils l’encourageront à enterrer l’affaire lorsque le parti adverse proposera une grosse somme d’argent pour éviter le scandale. Ajoutons que les avocats hommes s’en prennent régulièrement à leur secrétaire hubot en lui tripotant les seins ou en la frappant gratuitement pour rire, les salauds.

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La femme et la mère au sein du foyer, le rôle du mari et du père

Voici pour ce qui est du travail. Mais qu’en est-il à la maison ? Heureusement, au foyer, aucun homme ne lui fait obstacle. C’est elle qui porte la culotte. Les membres de la famille doivent obéir sans condition à ses décisions. Si elle décide que le hubot n’est qu’une machine, sa famille doit le doit traiter comme un ordinateur. Et lorsque, prise de remords après avoir souffleté la hubot dans un accès d’humeur, elle change d’opinion envers cette dernière, elle impose à sa famille de la traiter comme une invitée. Et son mari ? C’est un bon bougre. Il suit les revirements de sa femme sans broncher. Son manque de caractère flagrant le contient dans un rôle de bras droit. Il n’est pas homme au foyer, mais la série se tait sur ses activités professionnelles. Bref, il n’a aucun pouvoir régalien, aucun poids, ni au travail (inexistant dans la série) ni dans la famille.

Ainsi, au sein du couple comme dans son rôle parental, l’homme est relégué au second plan. Les féministes suédoises pensent-elles que ce n’est que justice ?

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Le fils

Le fils souffre de son attirance pour la belle hubot. C’est un adolescent tiraillé par ses hormones, rien de plus. On constate également qu’il manque énormément de repères et de personnalité. Son propre père est, lui aussi, attiré par la répliquant. Ce qui confine les hommes à leur sexualité maladive.

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La fille

En revanche, la fille, une adolescente un peu rebelle, peu captivée par ses études (et uniquement encouragée par la mère à les poursuivre), va aider la hubot à s’émanciper… tandis que son frère lui, cherche par tous les moyens à se la faire.

On a bien là, au travail comme au foyer, une vision étonnamment sexiste de la personnalité des rôles féminins et masculins. Les femmes sont brillantes, indépendantes, altruistes, émancipées. Les hommes cupides, corrompus, pervers ou faibles.

Le mari frustré

Penchons-nous maintenant sur la problématique de l’éventualité de l’amour entre les robots et les humains, illustrée dans la série par deux femmes éprises de leur robot domestique.

La première quitte son époux pour le robot domestique. Elle refuse à son ex mari de voir son fils sous prétexte qu’il n’en est pas le père (il l’a épousée alors que l’enfant était encore un nourrisson). Seulement, on n’est pas près de défendre ce père pleurant la disparition de son fils adoptif, puisqu’il n’hésite pas à être violent envers le hubot puis envers sa femme. Le mari, pris en sandwich à la maison comme au travail par les robots (et les femmes, son patron étant une patronne au paternalisme insupportable, ou maternalisme, c’est selon) est entrainé dans une spirale du ressentiment qui se généralisera en terrorisme anti-hubot.

La série n’a aucune pitié pour cet homme délaissé pour une machine : tout est fait pour qu’il soit lui-même la cause de son malheur.

Quelle serait l’opinion publique envers un homme abandonnant sa femme pour une poupée robotisée ?

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Femmes amoureuses

Les sentiments amoureux des femmes pour les hubots ne sont pas remis en question. Elles se battent pour l’intégrité de leurs compagnons, les traitent pratiquement comme leurs égaux. Elles ne passent pas pour des malades du sexe, contrairement à leurs homologues masculins qui, lorsqu’ils usent (abusent) sexuellement d’une répliquante, se montrent violents, les cassent comme des jouets, les font « débrider » comme des scooters par des pros de l’informatique pour en faire de véritables stars du porno. Le désir féminin lui, est acceptable, car il est forcément amoureux. Aussi, que les femmes débrident leur hubot pour le transformer en « vrai bonhomme » ne pose aucun problème de conscience.

Protecteur, attentionné, sensuel avec sa compagne et performant au lit… l’homme parfait ? Mais quelle est cette nostalgie du macho man tant récriée par les néo féministes suédoises ? Faut-il inventer des robots pour remplacer les hommes dans cette société dévirilisée ?

 L’abomination

Penchons-nous maintenant sur l’un des héros principaux de la série. Comme il s’agit d’une excellente série de SF qui pose très bien le problème de la définition de l’humain, cet homme incarne « l’abomination » de la série : un hybride mi-homme mi-machine, dont le sang est rouge et l’âme non réfutable, puisqu’il n’est pas né dans une usine, mais dans une maternité. Pourtant (mystère !) il est muni d’une prise pour se recharger. Pas de bonne série SF sans le grain de sel d’un savant fou… La créature mi-homme mi-hubot est à la recherche d’une répliquante qui visiblement, et à la fois sa mère adoptive et sa fiancée. Malheureusement, celle-ci est enlevée par des contrebandiers (des hommes, forcément), qui revendent les hubots au marché noir, notamment pour l’industrie du sexe.  Ce « gentil » prince charmant, va devoir affronter bien des épreuves pour revoir sa mère/femme, comme travailler dans un bordel à hubots (tenu par une maquerelle borgne sympathique) ou bien manquer d’être découpé en morceaux par des méchants qui le prennent pour une machine. Victime plutôt que héros, il sera défendu par des femmes… tandis que les hommes cherchent à le tuer. Après tout, il ne s’agit que d’un petit garçon qui souhaite retourner dans le ventre de sa mère par des voix peu catholiques…

… Mais on est chez les protestants, et qui dit protestant, en Suède, implique progrès (progrès pris dans le sens d’égalité des droits).  La femme pasteure et mariée à une bibliothécaire. (Les homosexuels hommes ne sont pas invités dans la série, ou simplement en tant que consommateurs dans les bordels).

La controverse de Valladolid chez les Robots

Des hubots rebelles se réfugient dans une église et demandent asile à la pasteure, qui leur offre logis dans le grenier et couvert (c’est-à-dire électricité pour se recharger). Celle-ci accepte bien volontiers l’hypothèse qu’ils aient une âme et offre même la Bible à l’un deux, tandis que sa compagne, qui doute de leur innocence à cause d’une affaire de meurtre dans les journaux impliquant des hubots, exige leur départ immédiat. Le couple, fragilisé par le désaccord, va également devoir faire face à ses contradictions. Lorsque la controverse de Valladolid éclate au beau milieu du salon, Las casas (la pasteure) et Sepulveda (son épouse), se lancent des arguments plutôt musclés. La seconde estime qu’il est sacrilège d’accueillir des machines au sein de l’église. Alors, la femme d’église a cette étonnante réplique : « et nous deux, crois-tu que la Bible pardonne notre sacrilège ? Dieu a créé l’homme a son image et à son image l’homme a créé le hubot» ce qui coupe le sifflet à Sepulveda. Mais bientôt l’une des rebelles hubots cachés dans le grenier s’attaque au couple lesbien, qu’elle juge contre-nature. En effet, cette hubot a été formatée (par des hommes) à s’occuper des enfants dans les familles « traditionnelles » selon elle (père+mère). Triomphante face au sexisme du robot, Sepulveda, exige derchef à son Las Casas d’épouse que les réfugiés partent sur le champ. La bibliothécaire est même prête à appeler la police dans le dos de sa femme alors que celle-ci officie pour la première fois en faveur des hubots. Lorsque la police vient fouiller la maison, le couple saphique est également confronté au sexisme d’un inspecteur…

La série s’acharne bien à défendre le droit des homosexuelles ( deux L-E). mais pourquoi est-ce tant au détriment des hommes ?

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Conclusion

Toutes les pulsions morbides et perverses sont, au fil de la série, attribuées aux hommes, mais jamais aux femmes. Celles-ci ont toujours le bon rôle, tour à tour battantes et victimes. Aussi, la solution au problème n’est telle pas d’anéantir la cause originelle de la perversion de la société, à savoir le mâle ?

Car finalement, le problème de savoir si les robots peuvent avoir une âme est résolu d’emblée dès le premier épisode. Même tissée d’algorithmes, la possibilité de l’âme informatique est irréfutable, tant le hubot semble pourvu d’émotions, de pensées, muni d’une conscience.  Pourquoi pas ? les autistes atteints du syndrome d’Asperger, le syndrome savant, nous expliquerait que les nombres ont une beauté particulière, des « émotions » propres et surtout, qu’ils suscitent des réactions émotives chez ces humains si particuliers, qui parviennent par on ne sait quelle grâce divine, à nouer un commerce intime avec eux. Pour les autistes savants, les mathématiques deviennent un jeu d’enfant, le monde est un ruissellement d’algorithmes. Alors, que l’âme demeure un mystère absolu pour l’homme ne laisse t-il pas une chance aux créatures douées d’intelligence et d’affects que l’on puisse admettre qu’elles en aient une ?

Mais la question intrinsèquement liée et autrement plus passionnante est celle-ci : « La racine du mal est-elle dans la race du mâle? »

En attendant, la grande crainte que l’on a des robots, et surtout des répliquants, c’est qu’ils chassent l’homme de son trône terrestre. Naitra le robocentrisme. Mais avant cela… Vous prendrez bien une petite ère gynocentriste ?

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